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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Béliers (Hrutar)

(Islande – 2015 – 1h33)

Réalisation : Hákonarson Grimur - Scénario : Grimur Hákonarson – Directeur Photo : Sturla Brandth Grovlen – Musique : Atli Örvarsson – Montage : Kristjan Lodmfjörd – Production : Grimar Jonsson – Distributeur France : ARP Sélection
Interprétation : Sigurdur Sigurjonsson (Gummi) – Theodor Juliusson (Kiddi) – Charlotte Boving (Katrin)
Auteur :

Grímur Hákonarson est né en 1977. Il a réalisé en 2010 une comédie, Sumarlandiö, et en 2012 un documentaire sur un prêtre à Sellfoss, un village de la côte Sud, Hreint hjarta. Le film Béliers a reçu le Prix Un certain regard à Cannes en 2015.

Résumé :

Dans une vallée reculée d’Islande, deux frères, Gummi et Kiddi, élèvent des moutons. Ils vivent dans des fermes voisines mais sont brouillés et ne se parlent plus depuis des dizaines d’années. Leur vie rude et monotone va être bouleversée par la découverte chez Kiddi d’un mouton atteint de la tremblante. Pour éviter l’épidémie, il faut abattre tous les troupeaux. Ce drame va progressivement les rapprocher.

Analyse :



Toute la vie locale tourne autour du mouton : on en fait des poèmes, on les engage dans des concours, on les accroche au mur du salon en peinture ou empaillés, on les retrouve dans les énormes pulls jacquard ou à la cuisine en gigot. On comprend dès lors qu’abattre les moutons, c’est amener le désastre dans la vallée et les joyeuses réunions d’antan se transforment en discussions sinistres.

Le film nous plonge dans une nature belle mais austère, un paysage grandiose mais un climat inhospitalier où ne peuvent survivre que des hommes robustes habitués à une vie solitaire. Les fermes sont distantes de plusieurs kilomètres, il n’y a pas de vrais villages mais une sorte de maison commune où les familles se réunissent pour boire, discuter ou organiser des concours de mouton. L’isolement de ces fermiers est compensé par la chaleur de ces rencontres et la solidarité dont ils font preuve quand ils ont des problèmes. Mais on comprend qu’il est difficile d’attirer des femmes dans cette vallée perdue et les deux frères sont tous deux de vieux célibataires. Kiddi est un sanguin porté sur l’alcool. Gummi est un flegmatique qui passe ses soirées à faire des puzzles. Le premier tire des coups de fusil dès qu’il est énervé, le second l’observe de loin avec des jumelles. Tous deux se moquent de ne pas avoir d’enfants mais ne peuvent supporter que leur race de moutons, la lignée de Bolstad, puisse disparaître.

Pour les sauver, ils vont essayer tous les moyens, souvent farfelus et parfois violents, ce qui nous donne de beaux moments de cinéma, tantôt tragiques, tantôt comiques voire burlesques. Les deux héros sont magnifiquement campés par deux acteurs barbus, en pulls jacquard et chemises à carreaux, plus vrais que nature. Ils sont entourés de personnages haut en couleur dont une femme vétérinaire qui en impose autant par sa robustesse que par son humanité.

Ce film, rude comme ses protagonistes, tient du conte de Noël et de la saga, ces contes islandais remplies de luttes fratricides pour de la terre et des moutons. Il mêle le burlesque et le drame, le bucolique et la tempête, il est très dépaysant.

Jacques Champeaux