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Cinéma

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Blade Runner

Etats-Unis 1982, 1h57

Réalisation : Ridley Scott scénaristes, Hampton Fancher et David Peoples ; image, Jordan Cronenweth ; montage, Marsha Nakashima ; musique, Vangelis ; distribution France : Warner Bros.
Interprétation : Harrison Ford (Rick Deckard), Rutger Hauer (Roy Batty), Sean Young (Rachel), Daryl Hannah (Pris), Joanna Cassidy (Zhora), Brion James (Léon Kowalski), Edward James Olmos (Gaff), M. Emmet Walsh (Bryant), Will Sanderson (J.F. Sebastien), Joe Turkel (Tyrell).
Auteur :

Britannique, Ridley Scott est né en 1937 dans le nord de l'Angleterre. Son père militaire l'encouragea à une carrière artistique à Londres, qui fut le cinéma. Débutant en 1962 à la BBC, où il suivit un cours de réalisation, il fonda en 1967 avec son frère Tony une boite de publicité, avec beaucoup de succès. Son premier long métrage de fiction, Duellistes (1977) fut primé à Cannes (première œuvre) et lança sa carrière. Puis ce fut Alien - Le 8ème passager (1979). Après un début modeste, Blade Runner (1982) acquit avec les années la stature d'un chef d'œuvre de la sci-fi. Sa 5° version, 2007, bénéficie du director's cut.   

Résumé :

Los Angeles 2019 est une mégalopole dans la nuit perpétuelle, polluée, où une foule innombrable se presse et s'agite. Des robots humanoïdes, les réplicants, sont utilisés à coloniser les mondes lointains, mais un petit groupe conduit par Roy Batty s'est emparé d'une navette et revient sur Terre. Policier spécialisé, le blade runner Rick Deckard doit les chercher et les détruire. 

Analyse :



Bladerunner ("coureur" ou "livreur" de lames), ce terme inexistant avant la nouvelle éponyme d'Alan Nourse (1974) y désignait un trafiquant qui livrait à des médecins illégaux du matériel chirurgical interdit (notamment des scalpels).

Un film est d'abord un spectacle visuel, et celui-ci, sur le fonds des images sombres d'une cité illimitée, flagellée de pluie, criblée de lumières artificielles qui soulignent les ténèbres, vit d'explosions éblouissantes d'action, poursuite et combat, comme lorsque Pris en imperméable transparent s'écroule à travers les vitrines successives d'un centre commercial illuminé et multicolore. De la bande son, riche en basses profondes, en grondements et en cuivres éclatants, on notera aussi qu'elle est avare en dialogues : le cinéma de Ridley Scott n'est pas bavard !

Un film, c'est ensuite une histoire, et celle-ci a été narrée dans mille westerns : un justicier poursuit une bande de hors-la-loi qu'il faut, punition ou précaution, éliminer. Ce sera donc à l'imagination SF que l'on s'intéressera plutôt, particulièrement à l'approche de la date diégétique du film : certes, des robots androïdes actuels atteignent presque à l'apparence humaine des réplicants, mais ils n'en sont pas encore au "Je pense, donc je suis" énoncé par un NEXUS 6. Les voitures volantes de la police semblent toujours loin de nous, mais Scott n'avait pas prévu les drones : ouf ! Il s'agit bien d'une fiction de cinéma. Quant à la révolte des robots — "Je veux plus de vie, père", réclame à son créateur Roy Batty, programmé pour durer quatre ans — elle rappelle l'inaptitude des humains à gérer leurs géniales inventions.

L'utopie de Blade Runner réserve malgré tout, dans un futur d'apocalypse, des germes d'espoir. Outre l'amour de Rick et Rachel trouvant son chemin entre deux êtres que tout devrait séparer, voici des réplicants "more human than humans." A la fin de son combat contre Roy, comment Deckard, agrippé par les ongles à une poutrelle au dessus du vide, va-t-il s'en sortir alors que rien ne peut plus arrêter son adversaire ? Paradoxalement, ce film sur les conséquences terrifiantes de la technologie va chercher dans celle-ci les ressorts du sauvetage. Roy ne connait pas d'ambition plus grande qu'atteindre à l'état d'humain, et c'est lui qui fera preuve de la plus grande humanité.

Le jeu d'Harrison Ford, fidèle depuis l'Arche perdue à son personnage de rateur effaré à qui tout réussit, illustre ce paradoxe : son imperfection tout humaine lui assurera finalement le succès contre la perfection programmatique de Roy - celui-ci habité par un grandiose Rutger Hauer dont la force expressive rappelle Klaus Kinski.

Jacques Vercueil