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Cinéma

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Blancanieves

(Espagne – 2013 - 1h44)

Réalisation : et scénario : Pablo Berger - Image : Kiko de la Rica - Musique : Alfonso de Villalonga - Montage : Fernando Franco - Costumes : Paco Delgado – Décor : Alain Bainée - Production : Arcadia Motion Pictures - Distribution France : Rezo Film.
Interprétation : Maribel Verdù (Encarna), Daniel Jimenez-Cacho (Antonio Villalta), Angéla Molina (Doña Concha), Pere Ponce (Genaro), Macarena Garcìa (Carmen).
Auteur :

Pablo Berger est né en 1963 à Bilbao, Pays Basque espagnol. Il tourne surtout des films publicitaires et des vidéoclips. Son premier film est un court métrage, Mamà, primé en 1988. Après avoir obtenu ce prix assorti d’une bourse, il s’installe à New-York, pour étudier le cinéma, puis devient professeur à la New-York Film Academy. En 2003, il tourne Torremolinos 73. En 2013, Blancanieves est nominé pour l’Oscar du meilleur film étranger et obtient de nombreux prix.

Résumé :

Carmen naît le jour où son père, le célèbre torero Antonio Villalta, encorné par un taureau, devient tétraplégique. Sa mère meurt en lui donnant le jour. Le destin de Carmen suit de près celui de la Blanche-Neige des frères Grimm. De près, mais transposé dans le sud de l’Espagne, au cœur du monde des arènes.

Analyse :



Décidément, Blanche-Neige inspire les réalisateurs. Depuis le vieux dessin animé de Walt-Disney, jusqu’à la récente et dérangeante Héroïc Fantasy de Blanche-Neige et le chasseur, en passant par les nombreuses versions intermédiaires, on pensait que rien de neuf ne pouvait plus advenir. Erreur manifeste ! La vision de Pablo Berger est d’une originalité époustouflante. Dès les premières images, il nous emporte dans son univers en noir et blanc, sans paroles, inventant un conte terrible qui flirte avec celui des Grimm, transposé dans les années 1920. C’est un enchantement, une succession de gros plans de visages, d’éclairages savamment dosés, de scènes en contre-jours et en pleine lumière, de danses de joie et de danses de mort. Les pas de sévillanes de Carmen renvoient à la danse du taureau dans l’arène, à celle du fauteuil roulant dans la chambre. La menace permanente de la mort qui rôde donne à ces danses un goût macabre et magnifique. Une des trouvailles de Pablo Berger est le choix des nains qui recueillent la jeune fille. Les bons et le méchant jaloux par qui le malheur arrive. La pomme empoisonnée remplira son rôle, comme dans le scénario original. Et le prince charmant… mais chut !

Certaines scènes restent gravées dans la mémoire par leur beauté, la poésie et l’intensité qui s’en dégagent : le regard d’Antonio contemplant sa fille retrouvée, Carmen enfant essayant la robe cousue sur elle par Doña Concha, le séjour de Blancanieves parmi ses sept nains (qui ne sont d’ailleurs que six !). Poésie sans aucune mièvrerie, épicée d’un humour décalé qui porte à sourire plus qu’à rire, et qui maintient l’attention à un haut niveau de bonheur, celui que l’on éprouve face à l’intelligence de la perfection.

Ce film est un bijou à savourer encore et encore, ne serait-ce que pour revoir le nain amoureux de Blancanieves s’endormir avec sa belle dans l’écrin de verre où, inerte, elle attend le prince charmant. Et quand vous verrez de quelle façon se termine la vie de Blancanieves, vous éprouverez un pincement au cœur tout en admirant la maestria de Pablo Berger dans sa maîtrise du conte relu et revisité.

Aucune parole n’est prononcée, seulement quelques cartouches traduisant les phrases indispensables à la compréhension du récit, à la façon des films muets. Le son ne se compose que de musique, accompagnement savoureux qui épouse l’émotion des scènes qu’elle habille. En résumé, un régal pour les yeux, un délice pour les oreilles, un émerveillement pour l’intelligence du spectateur. Quand on sort de la salle, on se sent heureux, et pour un moment !

(Catherine Forné)