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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Brooklyn Village (Little Man)

(USA – 2016 - 1h25)

Réalisation : Ira Sachs - Scénario : Ira Sachs et Mauricio Zacharias - Image : Oscar Duran - Montage : Mollie Goldstein, Alfonso Gonçalves - Musique : Dickon Hinchliffe – Production : Lucas Joaquin, Ira Sachs, Race Point Films
Interprétation : Theo Taplitz (Jake Jardine), Michael Barbieri (Tony Calvelli), Greg Kinnear (Brian Jardine), Paulina Garcia (Leonor Calvelli), Jennifer Ehle (Kathy Jardine)
Auteur :

Ira Sachs est né en 1965 à Memphis dans le Tennessee (Etats-Unis) et il enseigne le cinéma à l’université de New York. Ses principaux films sont : Boy-Girl, Boy-Girl (1996), Underground (2002), Forty Shades of Blue (2005), Married Life (2007), Keep the Lights on (2012), Love is Strange (2014). Brooklyn Village a reçu le Grand prix au festival du cinéma américain de Deauville en 2016.  

Résumé :

La famille Jardine hérite d’une maison à Brooklyn dont le rez-de-chaussée est loué à une couturière, Leonor, dont le fils Tony sympathise vite avec le fils Jardine, Jake. Les choses se compliquent lorsque les Jardine veulent réajuster le loyer de Leonor.

Analyse :



Ce film touchant, plein de grâce et de délicatesse, a pour thème principal le monde de l’adolescence. Un moment particulier ‘pas forcément compréhensible pour les adultes’, comme l’a souligné le réalisateur, lors d’une conférence au festival américain de Deauville (septembre 2016). Ira Sachs décrit avec beaucoup de finesse l’univers des petits d’homme (Little Men est le titre original en anglais) : un monde protégé et égoïste, où l’on n’a aucune idée des problèmes des adultes. Jake et Tony découvrent ensemble l’amitié, donnent un coup de main à leurs parents ici ou là, se passionnent l’un pour le dessin et l’autre pour l’art dramatique, mais ils ignorent tout des problèmes du monde. Et le réalisateur, qui s’inscrit lui-même dans la lignée du cinéma du Japonais Ozu – il cite Et pourtant nous sommes nés (1932) et Bonjour (1959) - s’est intéressé à cette période où des enfants s’apprêtent à devenir de jeunes adultes, où ‘ils sont en train de devenir ce qu’ils vont être’. L’action se passe en grande partie dans le milieu intellectuel newyorkais des Jardine : le père est un acteur de théâtre et la mère est psychanalyste. La famille est unie et cultivée et l’enfant bénéficie de principes d’éducation clairs. De son côté la mère de Tony, Leonor, est d’origine sud-américaine, intelligente et distinguée. Malgré le conflit sur le montant du loyer, il n’y a ni insultes ni cris, ce qui distingue Brooklyn Village de l’ensemble du cinéma américain, fortement empreint de violence. Pour marquer leur désaccord avec les décisions des adultes, les deux enfants font la grève de la parole, au point que leurs parents finissent par protester : « Nous sommes des parents, mais nous avons aussi des sentiments ! ». Désignant Robert Bresson comme son mentor, Ira Sachs inscrit le personnage de Jake dans l’univers du réalisateur français, tandis que Tony, plus libre et ouvert, participe selon lui de celui de Scorsese. L’action est fluide, faite d’une succession de scénettes de la vie quotidienne, dans un quartier où il fait bon vivre. La fin est ouverte : ‘c’est le public qui décide, elle lui appartient’, a conclu Ira Sachs.

Françoise Wilkowski-Dehove