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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Certifiée Halal

(Algérie/France - 2013 – 1h25)

Réalisation : Zemmouri Mahmoud – Scénario : Marie-Laurence Attias, Mahmoud Zemmouri – Image : François Lartigue – Montage : Marie-Pierre Renaud – Son : Jérôme Ayasse – Distribution France : Mila Films
Interprétation : Hafsia Herzu - Smain Fairouze – Mourade Zeguendi
Auteur :

Mahmoud Zemmouri est un acteur, réalisateur et scénariste algérien né en 1946 à Boufarik (Algérie), qui a fait sa carrière essentiellement en France. Il est notamment connu pour avoir interprété « Rachiii* » dans Tchao Pantin de Claude Berri (1983) et Omar dans La Smala de Jean-Loup Hubert (1984). Il passe à la réalisation avec des courts métrages puis six longs métrages dont Beur, Blanc, Rouge (2006) présenté au festival de Cannes.

Résumé :

Dans un village reculé du Maghreb, deux convois nuptiaux se télescopent autour du petit édifice du Marabout. Dans la confusion, les familles se trompent de mariées, identiquement voilées. Sultana, la fille du douar et Kenza, une jeune Française mariée de force par son frère, vont révolutionner, chacune à leur manière, ce petit monde traditionnel.

Analyse :



Aimable comédie, à la limite du loufoque, qui permet d’aborder le problème du statut des femmes dans la société musulmane (et pas seulement en Algérie puisque Kenza et Chérif vivent en France….). La femme y est montrée comme totalement assujettie aux hommes (père, frères, oncles, époux) quant à son destin et le choix de son mari. Elle est traitée comme une marchandise ce qui apparaît clairement dans des scènes comiques de marchandages pour l’établissement de la dot. Cette pratique conduit souvent à marier les filles avec des hommes beaucoup plus vieux qu’elles, sans qu’elles aient le droit de choisir (ni même de connaître avant le mariage) celui auquel on les destine. Est évoquée aussi l’obsession de la virginité (avec le drap ensanglanté que l’on doit montrer après la nuit de noce et qui est souvent obtenu grâce à un poulet égorgé). Le tout sur fond d’incapacité des hommes à exprimer leurs sentiments, lorsqu’ils en ont.

Tout cela est mené tambour battant, sur une musique style film de Sergio Leone, avec rodéos de voiture, chants au cours des mariages, combats au bâton, tour de passe-passe entre deux mariées, dans des paysages magnifiques (le film a été tourné dans la région de Biskra). Les hommes sont tournés en ridicule mais montrés comme victimes eux-mêmes du système. L’univers social apparait pétri d’hypocrisie : le vin est servi dans des théières, l’émission préférée est « Les feux de l’amour », on raccommode les hymens…

C’est un conte de fée puisque tout se termine à l’avantage des femmes avec cette scène, dans le bus, où toutes les femmes présentes suivent l’appel de Kenza à la révolte alors même que leur mari est présent…..

Même si l’on sait que ces pratiques existent encore et sont dramatiques pour certaines jeunes filles, le parti de faire rire permet d’en souligner le ridicule et l’injuste. Et ce film conduit tout de même à se poser des questions. Espérons qu’il sera vu par beaucoup en Algérie. Le réalisateur espère faire tourner son film dans les médiathèques algériennes puisqu’il n’y a plus que 17 salles dans tout le pays.

Maguy Chailley