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Cinéma

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Chocolat

(France – 2016 - 1h50)

Réalisation : Zem Roschdy - Scénario : Cyril Gely – Image : Thomas Letellier – Montage : Monica Coleman – Musique : Gabriel Yared - Distribution France : Gaumont Distribution
Interprétation : Omar Sy (Chocolat), James Thierrée (Footit), Alice de Lencquesaing (Camille), Clotilde Hesme (Marie l'infirmière), Frédéric Pierrot (Delvaux), Noémie Lvovsky (madame Delvaux), Olivier Gourmet (Oller, directeur du Nouveau cirque ), Olivier Rabourdin (Gemier, directeur du théâtre Antoine)
Auteur :

Roschdy Zem, né en 1965 à Gennevilliers, est acteur et réalisateur. Il a joué dans plus de 80 films, dont, sur des préoccupations proches de celles de Chocolat : Indigènes (2006) ou Hors la loi (2010) de Rachid Bouchareb, et sur les écrans début 2016, Alaska (Claudio Cupellini). Chocolat est sa quatrième réalisation après Mauvaise Foi (2006, il y joue le rôle d'Ismael), Omar m'a tuer (2011) et Bodybuilder (2014, il joue le rôle de Vadim).

Résumé :

Assez librement adapté du livre Chocolat, clown nègre : l'histoire oubliée du premier artiste noir de la scène française (Gérard Noiriel, 2012). La découverte, l'ascension et la chute de Rafael Padilla, ancien esclave cubain, qui devint à Paris le clown Chocolat, en duo (Auguste et le clown blanc) avec son collègue et mentor Footit.

Analyse :



Le film commence en 1897, dans un terrain vague où le modeste cirque Delvaux a dressé son chapiteau. Rafael y est employé au nettoyage ou à faire le gorille, tandis que le clown vétéran Footit (joué par l'admirable James Thierrée, petit-fils de Charlie Chaplin) tente de convaincre son directeur qu'il est encore bon à quelque chose. Lui vient l'idée de s'associer avec Padilla dans un duo ou le nègre prendra des coups qui feront se tordre le public. Cela marche remarquablement bien !

Le film est plaisant, bien que les numéros des clowns ne m'aient fait rire à aucun moment... sauf certains de ceux déployés par Footit devant Delvaux dans son plaidoyer initial. Les aventures sentimentales de Chocolat, ses déboires de joueur compulsif, ne sont que des à-côtés de peu d'importance ni intérêt. Par contre, nous est offert un beau tableau de la relation entre les deux clowns, avec ses hauts et ses bas, un rapport de père à fils, de prima donna à débutant, qui devient conflit entre concurrents, puis divorce lorsque Chocolat veut prouver sa propre valeur sur de vraies planches... et pour finir en retrouvailles d'une réelle et profonde amitié.

Le film, dans son zèle anti-racisme, a pris quelques libertés avec la vérité historique. Chocolat n'a certes été ni le premier, ni le dernier clown à recevoir des coups de pieds au derrière – et point n'est besoin pour cela d'être Noir, comme on peut le voir à travers les cirques du monde entier, et comme en témoignent éloquemment les images d'archives de Footit et Chocolat où les coups, les gifles et les atterrissages dans la sciure étaient le lot de l'un comme l'autre des deux clowns. Chocolat n'était d'ailleurs pas un géant, plutôt un pot de yaourt comme son collègue... et il existait comme artiste de cirque bien avant son association avec Footit.

Les deux informations que j'ai notées avec intérêt sont d'une part, la survivance tardive de l'esclavage à Cuba (abolition en 1886... mais ce fut encore bien plus tard dans nombre de pays !) et d'autre part la présence, réalité historique, du clown Chocolat dans les hôpitaux pour distraire les enfants malades. Bravo !

Jacques Vercueil