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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Citizenfour

(Allemagne-Etats-Unis, 2014, 1H54)

Réalisation : Poitras Laura – Photo : Kirsten Johnson – Montage : Mathilde Bonnefoy – Producteur exécutif : Steven Soderberg - Distribution France : Haut et court
Interprétation : Edward Snowden (lui-même), Laura Poitras (elle-même), Glenn Greenwald (lui-même), Ewen MacAskill (lui-même), Julian Assange (lui-même)
Auteur :

Née en 1962 à Boston (Etats-Unis), Laura Poitras est une réalisatrice, journaliste et photographe américaine, qui réside à Berlin, après avoir été mise sur une liste de surveillance par les services américains en raison de ses documentaires. Sur les Etats-Unis de l’après 11 septembre, elle a réalisé : My country, my country (2007) à propos de l’intervention en Irak et The oath sur Guantanamo (2010 ). Citizenfour lui a valu l’Oscar du meilleur documentaire en 2015.

Résumé :

Début 2013, Laura est contactée, dans une série de courriels cryptés, par un lanceur d’alerte, un certain Citizenfour, qui veut lui faire des révélations très importantes. Par précaution il lui donne rendez-vous à Hong Kong, avec Glenn Greenwald, journaliste américain au quotidien britannique The Guardian ainsi qu’avec un spécialiste en matière de Défense et d’espionnage, Ewen MacAskill. Laura fait alors la connaissance d’Edouard Snowden, salarié d’une agence sous-traitante de la NSA (agence de renseignement US). Il lui propose de filmer l’organisation de ses révélations imminentes sur un scandale d’espionnage mondial.

Analyse :



Ce documentaire « en live » nous fait vivre les derniers moments de l’équipe secrète, réunie par le lanceur d’alerte Edward Snowden dans une chambre d’hôtel de Hong Kong en juin 2013, peu avant ce qui allait devenir « l’affaire » Snowden. On assiste à la préparation, dans le plus grand secret, d’un scoop sans précédent concernant le fait que, depuis le Patriot Act adopté par les USA après les événements du 11 septembre 2001, le Renseignement s’est mis à espionner le monde entier. Tout ce qui s’écrit sur les réseaux sociaux ou les téléphones portables, tout ce qui se dit dans les lieux stratégiques – notamment auprès des grands dirigeants, politiques, industriels, etc. – est enregistré secrètement par les services américains. Une surveillance mondiale généralisée pas du tout compatible avec les libertés fondamentales et qui a provoqué la colère dans les grandes capitales ! On découvre d’abord le visage juvénile de Snowden, 29 ans, et son génie en informatique, avant de vivre minute par minute l’élaboration de la « bombe » qui doit rendre publics, à partir du 6 juin 2013, des milliers de documents secrets, par l’intermédiaire de professionnels des médias. Laura Poitras plonge le spectateur dans un vrai film d’espionnage. Certes, on connaît la fin (provisoire) de l’aventure mais les protagonistes eux ne la connaissent pas et leur angoisse est palpable. Snowden se dissimule sous une cape lorsqu’il doit taper des mots cryptés sur l’ordinateur. Lorsque retentit une sonnerie, c’est la panique, on redoute une irruption de la police... Interrogé sur ses motivations, Snowden évoque l’époque bénie de la liberté des premiers temps d’Internet et son attachement à la liberté de pensée et de conscience. Son pseudonyme, qu’on peut traduire par « citoyen numéro 4 », veut signifier qu’il n’est ni le premier, ni le dernier des lanceurs d’alerte à vouloir dire la vérité. Devenu ennemi public numéro un pour les Etats Unis, Snowden a bénéficié au moment de sa fuite de Hong Kong d’une chaîne de solidarité, dont l’aide de Julian Assange (Wikileaks). En juillet 2013, il a obtenu l’asile politique à Moscou où son amie l’a rejoint en 2014. Quant à Laura Poitras, elle a déclaré avoir dû déployer d’infinies précautions pour assurer la sécurité des images qu’elle avait tournées.

Françoise Wilkowski-Dehove