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Cinéma

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Citoyen d'honneur (El ciudadano ilustre)

(Argentine/Espagne - 2016 – 1h48)

Réalisation : Mariano Cohn, Gaston Duprat – Scénario : Agnès Duprat - Montage : Jeronimo Carranza – Photo : M. Cohn, G. Duprat –Décors : Maria Suero – Distribution : Memento Films
Interprétation : Oscar Martinez (Daniel Mantovani), Dady Brieva (Antonio), Andrea Frigerio (Irene), Nora Navas (Nuria), Manuel Vicente (le maire), B. Chavanne (Julia)
Auteur :

Compatriotes de Damian Szifron et de la même génération que celui-ci, les deux réalisateurs (mais aussi directeurs de la photographie, scénaristes, et même producteurs) ont réalisé ensemble des vidéos documentaires et expérimentales pour la télévision. Puis des longs métrages de fiction (L’Homme d’à côté, L’artiste) remarqués par la critique. Citoyen d’honneur a obtenu le Goya du meilleur film en 2017, et le Lion d’argent à Venise 2016 (prix d’interprétation pour Oscar Martinez).

Résumé :

Daniel Mantovani, écrivain argentin, lauréat du Prix Nobel de Littérature, vit en Europe depuis plus de trente ans. Alors qu’il refuse systématiquement les multiples invitations dont il est l’objet, il décide d’accepter l’invitation reçue de sa petite ville natale, Salas, qui souhaite le faire citoyen d’honneur. Mais est-ce vraiment une bonne idée que de revenir à Salas ?

Analyse :



Un homme grisonnant s’adresse à nous, ses yeux un peu cachés derrière de petites lunettes nous regardent de manière insistante. C’est une image télé, la retransmission d’un discours devant un parterre de gens huppés. L’écrivain argentin Mantovani s’exprime devant le jury du Prix Nobel, à Stockholm, en présence du Roi et de la Reine. Moment solennel, mais dans le discours quelque chose cloche, les mots du récipiendaire sont amers, désabusés, ironiques (quelque chose comme : vous célébrez un écrivain en fin de carrière, mes romans ne sont pas si bons que ça etc.). Le ton est mis, l’acteur a toute l’apparence d’un loser, sans relief, en révolte contre la société ambiante. Il tourne ostensiblement le dos à la Cour de Suède, aux notables. Il semble nous prendre à témoin d’une imposture. Alors que sa secrétaire égrène toutes les invitations prestigieuses qu’il refuse, il décide soudain de se rendre dans son village natal. Elan de nostalgie ou intuition de ce qui va lui arriver ? Des grands honneurs du monde dont il est l’objet, il va tomber dans un univers simple et trivial, face à une galerie de villageois qui vont lui montrer leur admiration avec naïveté, lourdeur et peu à peu des revendications…Il y a dans ce film une ambiance teintée d’humour sarcastique, la sensation d’une menace diffuse, de plus en plus inquiétante. Ce n’est pas sans rappeler Les nouveaux sauvages de Szifron. Par-delà les hommages bon enfant du maire et des notables locaux, Mantovani rencontre ceux qui lui demandent des comptes sur sa façon de les avoir utilisés dans ses romans. Ses réactions d’agacement de plus en plus voyant vont entraîner une spirale d’animosité. Son ancien « ami », la femme qu’il a laissée jadis, le maire qui cherche à le manipuler, le recalé au concours de peinture, tous lui rendent son séjour infernal.

Réflexion intéressante sur les origines de la création littéraire, le film se termine par un retournement étonnant et jouissif ! 

Alain Le Goanvic