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Cinéma

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Classe à part (Klass korrektsii)

(Allemagne/ Russie – 2014 - 85 minutes)

Réalisation : Tverdovski Ivan - Scénario : Ivan Tverdovsky et Dmitry Lanchikhin, d’après le roman d’Ekaterina Murashova – Montage : Ivan Tverdovsky - Photo : Fedor Struchev - Son : Moritz Hoffmeister, Peter Sandmann et Marcus Sujata - Décor : Renat Gonibov - Production : New People Fim Company et Jomami Filmproduktion - Distribution France: Arizona Films
Interprétation :
Auteur :

Opérateur, monteur, scénariste et réalisateur, Ivan Tverdovsky est né à Moscou en 1988, dans une famille de réalisateurs. Admirateur de Lars Von Trier, il a d’abord réalisé des documentaires comme Neige (2011), Extase de chien et Pianisme (2012). Classe à part, son premier long métrage, a reçu de nombreux prix (Sotchi, Honfleur, Marrakech, etc.).

Résumé :

Lena, une adolescente atteinte de myopathie qui vit avec sa mère dans la province russe et ne peut se déplacer qu’en fauteuil, retourne à l’école après plusieurs années de déscolarisation. Elle rejoint dans une classe « d’adaptation » d’autres jeunes handicapés physiques et mentaux mais va devoir vivre dans un univers qui ressemble beaucoup à un établissement pénitentiaire. Officiellement, la classe « d’adaptation » prépare à un concours permettant d’intégrer la voie scolaire normale.

Analyse :



A juste titre, les distributeurs ont prévenu les spectateurs que certaines scènes pouvaient choquer ! Dès les premières scènes, le courage et la solitude des jeunes handicapés confrontés au manque d’empathie et d’humanité des institutions dont ils dépendent sont saisissants. Le réalisateur s’est rendu dans plusieurs de ces « classes d’adaptation » et s’est dit « consterné » par l’état réel de ces classes, qui loin d’aider ces jeunes, les ghettoïsent en fait un peu plus. Classe à part est une dénonciation de la défiance des équipes pédagogiques vis-à-vis d’un programme imposé par l’Etat sans formation et auquel elles n’adhèrent pas, ce qui se traduit par une extrême dureté à l’égard des élèves, considérés de fait comme des ennemis. Dans ce contexte impitoyable, des solidarités s’établissement. C’est le second thème du film : l’adolescence avec ses expériences et ses bêtises dangereuses --comme de s’allonger sur les rails au passage d’un train-- l’éveil des sentiments et de la sexualité, les rivalités et les trahisons. Le film, souvent féroce, parfois tendre, se fait aussi angoissant et provoquant quand les personnages testent leurs limites ou ignorent la frontière entre le bien et le mal. Mais au-delà de l’histoire de l’école et des adolescents, Tverdovsky a voulu peindre « un milieu social complexe, avec des gens qui n’ont aucun choix, qui sont dans un piège dont ils ne peuvent sortir ». Accéder à un monde différent n’est possible qu’à condition de commettre des actions contraires à la morale universelle et aux relations humaines. Le réalisateur avait écrit un scénario sans dialogues, laissant ainsi la place à l’improvisation des acteurs : ce sont des non professionnels de classes d’adaptation d’une part et de jeunes comédiens de la fameuse école de Kirill Serebrennikov, tous remarquables, d’autre part. S’appuyant sur le ressenti de ces jeunes, la mise en scène déploie une énergie impressionnante.

Françoise Wilkowski-Dehove