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Cinéma

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Coming Home (Gui Lai)

(Chine – 2014 - 1 h 49)

Réalisation : Zhang Yimou – Scénario : Zou Jingshi, d’après un roman de Yan Geling – Directeur de la photographie : Zhao Xiaoding – Montage : Peicong Meng, Zhang Mo – Son : Tao Jing – Musique : Chen Qijang – Production : LeVision Pictures – Distributeur France : ARP Sélection
Interprétation : Chen Diaoming (Lu Yanshi) – Gong Li (Feng Wanuy) – Zhang Huiwen (Dan Dan) – Yan Ni (Li)
Auteur :

Zhang Yimou est un des réalisateurs chinois les plus connus en Europe. Depuis son premier long métrage,Le sorgho rouge, qui date de 1987, il a réalisé près d’une vingtaine de films qui plongent dans l’histoire ancienne ou récente de la Chine. Figure de proue du cinéma contestataire des années 80 et 90, il eut à l’époque de nombreux problèmes avec la censure. Puis son cinéma est devenu plus commercial avec des productions populaires comme Hero ou Le secret des poignards volants et il fut le cinéaste officiel des JO de Pékin en 2008. Il alterne aujourd’hui productions à gros budget et films plus intimistes comme Coming Home.

Résumé :

Lu Yanshi, prisonnier politique, est libéré à la fin de la Révolution Culturelle. Lorsqu’il rentre chez lui, il retrouve sa fille Dan Dan et découvre que sa femme Feng Wanuy souffre d’amnésie. Elle ne le reconnait pas et, chaque jour, elle attend le retour de son mari, sans comprendre qu’il est à ses cotés.

Analyse :



Gui Lai (Retour en chinois), qui sort en France sous le titre de Coming Home, a été un très gros succès commercial en Chine. C’est, sous la forme d’un drame familial, un terrible réquisitoire contre les crimes perpétrés au nom de la Révolution culturelle. On peut hésiter sur la qualification de ce film : mélodrame intimiste ou film politique ? Il est vrai qu’il ne sort pas du cadre de cette famille chinoise typique (le père, la mère, et une fille), qu’il ne montre pas les camps de « rééducation » et qu’il n’apporte pas d’explications politiques. Mais il éclaire les brisures familiales qu’a créées cette période où l’on enseignait aux enfants à dénoncer leurs parents et où une mère avait à choisir entre sa fidélité à son mari et le bonheur de sa fille. Arrestations arbitraires, endoctrinement des enfants, toute puissance du parti sur les destinées individuelles, chantage à la délation, destruction volontaire du lien familial, tout est montré à travers les malheurs de la famille.

Quelle est la signification de cette amnésie de la mère qui est au cœur du film, de ce refus de reconnaitre son mari ? Oubli à force de l’attendre, traumatisme, volonté inconsciente d’oublier ce qui s’est passé et notamment la trahison de sa fille ? Mais aussi symbole de l’amnésie de tout un peuple qui ne veut pas ou n’est pas capable de s’interroger sur son histoire récente. Symbole aussi que ces photos découpées : on fait disparaître les prisonniers, comme s’ils n’avaient jamais existé, comme les dignitaires condamnés de l’ère stalinienne.

On suit, bouleversé, les tentatives de Lu Yanshi pour recoller les morceaux de sa famille. Empreint d’une immense bonté malgré les épreuves subies, visage d’intellectuel, sa volonté de pardon lui fait retrouver sa fille en même temps qu’il tente désespérément de trouver une porte d’entrée vers la mémoire atrophiée de sa femme, remarquablement interprétée, regard perdu, bouche entrouverte, par Gong Li, l’interprète préférée de Zhang Yimou.

Filmé dans des paysages d’hiver, des images grises et bleues qui renforcent la sensation d’étouffement, accompagné de quelques notes de piano qui soulignent (trop ?) les moments dramatiques, ce beau film très classique (peut-être trop diront certains en le qualifiant d’un certain académisme) délivre, au delà de la douleur du drame familial, un message d’espérance à travers le pardon du père et la reconstitution, même bancale, de la famille.

Jacques Champeaux