Logo de protestants.org
Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

logo   

Comment j'ai détesté les maths

(France 2013, 1h42)

Réalisation : Olivier Peyon - Scénario, Amandine Escoffier et Olivier Peyon – Image : Alexis Kavyrchine - Ingénieur du son : Xavier Griette – Compositeur - Olivier Peyon et Nicolas Kuhn – Montage : Tina Baz et Fabrice Rouaud - Distribution France : Haut et Court.
Interprétation : Documentaire avec Cédric Villani, Jean-Pierre Bourguignon, Jim Simons, George Papanicolaou, Anne Siety etc.
Auteur :

Olivier Peyon après des études d'économie se tourne vers le cinéma où il réalise quelques courts documentaires et traduit une multitude de films - dont beaucoup de grands. Son premier long métrage fut Les petites vacances (2006, 1h30), avec Bernadette Lafont et Claude Brasseur. A voir ses films suivants, deux documentaires de la série Empreintes (52 min) sur Elisabeth Badinter puis Michel Onfray, les intellectuels le fascinent...

Résumé :

Entre des ados qui avouent leur peur ou leur rejet des maths, des profs et psys qui tentent d'expliquer et gérer, et des chercheurs heureux et passionnés, on parcourt le pays des maths pour finir dans celui de la finance et du malheur des autres.

Analyse :



Ce bizarre animal de film a-t-il ses chances de conquérir un public, autre que celui familier à l'avance des noms d'Evariste Galois ou de Nicolas Bourbaki ? Peut-être bien - la salle était pleine. C'est un documentaire de style télévisé, principalement fait de rencontres avec des personnages si possible pittoresques (ils ne manquent pas dans le zoo matheux) et qui effectue sinon le tour, du moins d'amples zigzags (on se croirait au Tour de France !) à travers son sujet. Un peu de micro-trottoir auprès des étudiants, des entretiens plus fournis avec des interlocuteurs-acteurs (les chercheurs eux-mêmes) ou -observateurs (pédago-socio-psychologues), et en fin de compte l'on aura appris et réfléchi sur l'enseignement, la recherche, et l'utilisation de la mathématique.

L'ambition du film, faire aimer les maths, est annoncée par son titre-antiphrase. Après avoir vu quelques ados irréfléchis déclarer leur aversion, on se voit expliquer que la bosse des maths est en fait celle de l'effort, et l'on comprend que les beautés de cette science se conquièrent par une tenace et endurante séduction. Mais on reconnaîtra comme premier temps fort de ce plaidoyer fervent le plaisir évident et communicatif que trouvent à exercer leur passion les mathématiciens (Cédric Villani, actuel homme-vitrine de la profession, étant peut-être un peu surexposé...) : on ne peut que regretter, pour la prospérité de la France, que la médaille Fields dont ses ressortissants sont les plus nombreux détenteurs soit si mal dotée financièrement... eux s'en fichent. Second temps fort, le règlement de comptes, longtemps attendu par maints parents, anciens élèves et enseignants, avec l'enseignement des maths modernes, les célébrissimes 'patates' de sinistrissime mémoire, tel qu'il fut imposé dans les années soixante et pour quelques décennies.

Troisième temps fort enfin, venu tardivement mais rétablissant le titre dans son sens direct, l'usage délirant fait des algorithmes informatiques dans la gestion à la microseconde des marchés financiers, avec les résultats brillants que l'on sait : plus de super-yachts que jamais dans les ports de Cannes, Martha's Vineyard ou Benoa (Bali) - et des foules dans les rues, sommées de payer pour les banques, hurlant leur dégoût du présent et leur peur de l'avenir.

Jacques Vercueil