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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Criminel

(Russie - 2015 - 1h36 minutes)

Réalisation : Dement Viktor - Scénario : Viktor Dement (d’après une nouvelle de Vladimir Tendriakov, La trouvaille, 1965) - Photo : Andreï Naydenov – Montage : Oleg Morgunov, Natalia Kuchrenko – Son : Nikita Kobelev, Roman Iaremtchuk – Musique : Panu Aaltio, chansons interprétées par Taisia Krasnopevtseva - Production : Natalia Budkina, Dmitri Klepatski - Distribution France : Borealia France
Interprétation : Alekseï Gouskov (Trofim Roussanov), Nadezhda Markina (Nioura), Anastasia Sheveleva (Olga), Valeri Smirnov (Piotr Egorov)
Auteur :

Né à Moscou en 1966, metteur en scène et scénariste, Viktor Dement est diplômé de l’Institut de Théâtre GITIS et de l’institut de cinéma VGIK. Il a d’abord travaillé au théâtre et à la télévision, réalisant courts métrages, publicités et téléfilms. Criminel, son premier long métrage, a obtenu le prix du jury au festival de Honfleur en 2015. 

Résumé :

Trofim Roussanov, inspecteur des Eaux et Pêche, au bord d’un lac de la taïga, se montre intransigeant, estimant incarner la loi et considérant les autres comme « des salauds et des voleurs ». La découverte d’un bébé dans une cabane perdue de la forêt et une longue errance dans l’immensité sibérienne vont provoquer en lui un choc et changer radicalement son rapport au monde.  

Analyse :



Dès les premières images, tandis que dans le silence de l’izba, sa femme lui sert à manger, Trofim apparaît muré dans sa « haine », solitaire et égoïste, habité par le seul souci de partir traquer les braconniers et incapable de faire la paix avec sa fille qui s’est mariée sans son accord. Le réalisateur introduit ensuite l’autre grand protagoniste, aussi calme que Trofim est agité : la nature, belle et pure, avec son ciel insondable, une vaste étendue d’eau qui clapote et un horizon enneigé de bouleaux géants, à perte de vue. Tout à son conflit avec les pêcheurs qui le détestent, Trofim se retrouve à arpenter pendant des heures la forêt, où il s’enfonce dans la neige et peut mourir à tout instant. (Saluons la performance d’Aleksei Gouskov, connu des Français pour son rôle dans Le concert de Radu Mihaileanu et qui a reçu le Prix d’interprétation à Honfleur en 2015). Epuisé, Trofim fait une trouvaille, (titre de la nouvelle) : un bébé, abandonné. L’humanité enfouie de Trofim remonte alors un peu à la surface et il trouve des gestes efficaces et tendres pour nourrir et protéger le nourrisson. Mais, malgré son courage, les circonstances jouent contre lui et la haine qui l’habite se reporte sur la mère de l’enfant, forcément coupable d’abandon. Il la recherche activement tandis que sa propre conscience le tourmente, ce que révèlent plusieurs flash-back. De magnifiques prises de vue d’hélicoptère surplombent la taïga et le lac rappelant toute l’insignifiance de la condition humaine au sein du cosmos, tandis que Trofim chemine vers sa rédemption. L’influence de Dostoïevski est très prégnante, la jeune mère rappelant la Sonia de Crime et châtiment, par laquelle le héros finit par trouver le salut.

Françoise Wilkowski-Dehove