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Cinéma

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D'une vie à l'autre (Zwei Leben)

(Allemagne/Norvège – 2013 - 1h37)

Réalisation : Georg Maas (d’après une adaptation libre du livre de Hannelore Hippe, Deux vies) – Directeur de la photographie : Judith Kaufmann - Compositeurs : Christopher Kaiser, Julian Maas Production : Axel Helgeland – Distribution France : Sophie Dulac Interprétation : Juliane Kohler (Katrine Evensen), Liv Ullmann (Ase Evensen), Sven Nordin (Bjarte Myrdal), Julia Bache-Wiig (Anne), Ken Duken (Sven)
Interprétation : Juliane Kohler (Katrine Evensen), Liv Ullmann (Ase Evensen), Sven Nordin (Bjarte Myrdal), Julia Bache-Wiig (Anne), Ken Duken (Sven)
Auteur :

Après des études de charpentier, Georg Maas change de voie et se tourne vers le cinéma et la réalisation. Dix ans après un premier long métrage, NeuFunland, il réalise D’une vie à l’autre (nominé aux Oscars dans la catégorie meilleur film en langue étrangère).

Résumé :

L’action se situe en 1990, quelques mois après la chute du mur de Berlin, tantôt en Allemagne, tantôt en Norvège, où vit Katrin, une jeune grand-mère comblée, épouse d’un officier de marine aimant. Thriller politique et drame familial à la fois, le film évoque les pages tragiques de la Deuxième guerre mondiale, et les Lebensborn, « orphelinats » de petits « aryens », dont certains nés de mères norvégiennes et de soldats allemands. La redoutable Stasi d’Allemagne de l’Est communiste y recrutait des espions.

Analyse :



Les premières scènes montrent une femme venant d’atterrir (en Allemagne) qui, après avoir passé la douane avec une grosse valise, s’engouffre dans les toilettes et en ressort métamorphosée, avec une autre identité… Le thriller, sur une musique mélancolique et triste, est lancé et tient en haleine jusqu’à la fin, oscillant entre des destins individuels et la grande Histoire qui fut pour certains terrible et inextricable. Bien ficelé, le scénario dévoile l’histoire progressivement : comment des agents de la Stasi continuent malgré la disparition de la RDA à œuvrer pour masquer leurs forfaits, comment la vie paisible de Katrin, dans une jolie maison de bois peint de la côte de Norvège, bascule, car c’est l’heure des « réparations » et les enfants des Lebensborn veulent connaître la vérité. Les « deux vies » de Katrin se chevauchent un temps-- la vie triste et la vie heureuse, la vie dans le mensonge et la vie vraie—et Katrin essaie de toutes ses forces de préserver les siens et le bonheur qu’elle a réussi à construire malgré son destin gâché. Jusqu’à ce que la vérité éclate, la scène du landau de sa petite fille qui dévale la pente – réplique de celle célèbre d’Octobre d’Eisenstein -- constituant un point de non-retour jusqu’au dénouement. Les acteurs sont magnifiques, notamment Juliane Kohler et la grande Liv Ullman, en mère et grand-mère, actrice lucide de l’Histoire, qui n’oublie rien. A côté de scènes en sépia sur le passé trouble et sinistre en RDA, la caméra s’attarde avec plaisir sur la belle nature du Nord ou sur la chaleur du foyer autour du couple Katrin/Bjarte. D’une vie à l’autre est un film politique bien mené et une dénonciation de la barbarie.

Françoise Wilkowski-Dehove