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Cinéma

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Dans ma tête un rond-point

(Documentaire – France, Algérie – 2015)

Réalisation : Ferhani Hassen – Image : Hassen Ferhani – Son : Djamel Kerkar – Montage : Narimane Mari, Hassen Ferhani, Corentin Doucet, Myriam Ayçaguer – Distribution : Les Films de l’Atalante
Interprétation :
Auteur :

Né en 1984 à Alger, Hassen Ferhani a d’abord mené une carrière d’assistant réalisateur. A partir de 2006, il réalise des courts métrages documentaires sur la ville d’Alger : Les baies d’Alger, En remontant Cervantès (un été à Alger), Tarzan, Don Quichotte et nous. Dans ma tête un rond-point est son premier long métrage. Il a obtenu le Grand Prix de la compétition française au FID Marseille (2015), le Prix du Public au festival Entrevues de Belfort (2015).

Résumé :

Le film de Hassen Ferhani se déroule dans un grand abattoir situé en plein centre-ville d’Alger. Comme le dit le réalisateur lui-même, c’est un film « qui parle de tout sauf de viande…, un film qui parle avec les ouvriers d’amour, de politique, de musique », mais aussi de leurs espoirs et de leurs désenchantements, un film en somme qui, à travers leurs visages et leurs voix, dessine un portrait de l’Algérie d’aujourd’hui.

Analyse :



Un jeune ouvrier qui actionne une manivelle, un vieil homme qui dit un poème où il est question de mort, et tous les autres qui vont et viennent dans le huis-clos de l’abattoir et de ses alentours immédiats… ; d’emblée le film, construit pour l’essentiel d’une succession fluide de plans fixes, nous installe au plus près de ces travailleurs et nous met à leur écoute. Nous ne les voyons guère dans l’exercice de leurs tâches, ce n’est pas l’objet du film. Nous les suivons plutôt dans les temps morts où ils jouent aux dominos, tentent d’orienter une parabole pour capter un match de foot à la télé, et surtout discutent entre eux, voire dialoguent directement avec le réalisateur.

Trois figures émergent du groupe. Il y a d’abord le jeune Youcef et son copain « le kabyle » qui parlent beaucoup d’amour, de révolution impossible face à un Etat insaisissable, d’un avenir sans issue, de ce rond-point que Youcef dit avoir dans sa tête sans savoir quelle route prendre. Il y aussi Amou avec sa mouette venue d’Angleterre et son invraisemblable histoire de cigogne emprisonnée et torturée par des soldats français lors de la guerre d’indépendance ; Amou qui ne cesse de répéter : « On ne ment pas mais on ne tombe pas dans la vérité », une sentence énigmatique qu’il propose comme titre pour le film. Au final, c’est le rond-point dans la tête de Youcef que le réalisateur retiendra. Et c’est Youcef qui clôt le film avec une chanson d’amour qu’il interrompt lui-même d’un « ça suffit » embarrassé : peut-on encore croire à ce que l’on chante ?

Dans ma tête un rond-point est bien un film non pas « sur » mais « avec » des hommes qui nous deviennent proches. Sans doute peut-il apparaître comme le reflet désespéré d’un peuple algérien aujourd’hui dans l’impasse. Mais ce n’est pas un film désespérant ; car du clair-obscur des images et des paroles que nous offre ce documentaire sourd une poésie pareille aux mélodies du Chaabi et du Raï, une poésie qui contredit la réalité de tous les jours.

Yves Ballanger