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Cinéma

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Dead Slow Ahead (*En avant très lent)

(Espagne/France 2015, 1h14)

Réalisation : Mauro Herce - Mauro Herce, co-scénariste Manuel Munoz ; Image : Mauro Herce ; Montage : Manuel Munoz ; Distribution France : Potemkine Films
Interprétation :
Auteur :

Né à Barcelone en 1976, Mauro Herce (diplôme d’ingénieur, études d’art, puis école Louis-Lumière de Paris) débute en 2010 comme directeur de la photographie et scénariste, puis se consacre à l’image (notamment Mimosas, Semaine de la critique à Cannes 2016). Dead Slow Ahead (Prix spécial du jury à Locarno) est son premier long métrage en tant que réalisateur.

Résumé :

Un grand vraquier, blé, charbon, traverse les mers, charge ou décharge, de port en port. A bord, la vie se déroule dans l’obscurité des coursives ou des cales et le bruit du navire et des engins.

Analyse :



Dead Slow Ahead, en avant très lente… langage de marine, monde étranger au nôtre, surtout à bord de ce mastodonte si haut sur la mer que les vagues ne sont plus que des rides, sur lesquelles les autres bateaux – pêche, passagers, cabotage – sautillent comme des bouchons. Le gigantisme est l'impression qui domine d'abord, hommes minuscules dans la cale à blé comme des souris dans le grain, surplombés par des murs de tôle aux altitudes de gratte-ciel. Le nom du My Fair Lady semble être un paradoxe, un gag : on s'attendrait plutôt à Moby Dick...

Dès l'abord, la bande son impose la présence des machines. Derrière des robinets géants, entre des tuyaux ou des palans énormes, apparaissent les silhouettes ou les profils des humains écrasés dans ce paysage. Mais sans eux, rien... L'isolement créé par les dimensions où sont dispersés ces hommes et par l'immensité des espaces où se fait leur voyage prend sa valeur intime lorsque s'échangent sur les portables les pauvres mots par lesquels le lien familial tente d'exister.

Grâce à des images superbes, qui sans lasser jouent du contraste des lumières colorées surgissant de ténèbres envahissantes, et à un montage lent et précis qui atteint une sorte d'abstraction, ce documentaire plein de force, de poésie et de mélancolie, fait rêver. Il fait aussi frémir - est-ce ainsi que les hommes vivent ?

Jacques Vercueil