Logo de protestants.org
Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

logo   

Dégradé

(France/ Palestine/ Qatar – 2015 – 1h23) 

Réalisation : Arab Nasser et Tarzan Nasser - Scénario et décors : Tarzan et Arab Abu Nasser - Photo : Eric Devin – Son : Baha’a Otman – Montage : Sophie Reine, Eyas Salman – Musique : Benjamin Grospiron – Production : Les films du tambour – Distribution France : Le Pacte
Interprétation : Hiam Abbass, Maisa Abd Elhadi – Manal Awad – Mima Sakhla – Dina Shuhaiber – Victoria Balitska
Auteur :

Tarzan et Arab (de leurs vrais noms Ahmed et Mohamed Abu Nasser) sont nés en 1988, à Gaza. Ils ont travaillé ensemble pendant quatre ans dans l’industrie cinématographique avant-gardiste de Gaza. En 2013, ils ont tourné leur premier court métrage, Condom Lead, avec la collaboration de la toute nouvelle maison de production Made in Palestine. Dégradé est leur premier long métrage, présenté à Cannes en 2015 dans la Quinzaine des Réalisateurs.  

Résumé :

Une famille mafieuse a volé le lion du zoo de Gaza et le Hamas décide de lui régler son compte ! Prises au piège par l’affrontement armé, treize femmes se retrouvent coincées dans le petit salon de coiffure de Christine. Ce lieu de détente devenu survolté le temps d’un après-midi va voir se confronter des personnalités étonnantes et hautes en couleur, de tous âges et de toutes catégories sociales.

Analyse :



Ce huis clos dans un salon de coiffure et d’esthétique à Gaza fait d’abord penser à Caramel, de Nadine Labaki, en raison du cadre et des personnages. Mais le récit devient vite beaucoup plus violent en raison du contexte : un quartier dominé par l’affrontement entre le Hamas et une maffia. Cet univers féminin s’exprime avec beaucoup de liberté. Chaque personnage a une histoire propre et une personnalité particulière qui se découvre peu à peu à travers des dialogues pleins de saveur mais aussi de cruauté, révélant les contraintes de la condition féminine à Gaza : la jeune mariée qui se fait préparer pour la cérémonie, étroitement surveillée par sa mère et sa future belle-mère ; l’employée coiffeuse, folle amoureuse d’un homme qui l’attend dans la rue ; la patronne du salon de coiffure, d’origine russe qui s’efforce de maîtriser l’agitation de toutes ses clientes ; la bourgeoise moderne qui manigance au téléphone au sujet de sa vie amoureuse ; la femme enceinte qui vient se faire coiffer et épiler en prévision de l’accouchement ; la femme pieuse qui reste voilée dans le salon où l’on est pourtant « entre femmes ». L’enfermement dans ce lieu clos est de temps en temps rompu par l’accès à la terrasse du bâtiment et deux aperçus sur la rue devant le salon de coiffure. Mais le monde extérieur s’introduit surtout à travers la bande son (cris, moteurs de voitures, coups de feu, explosions) ainsi que par les coups de téléphone que ces femmes donnent ou reçoivent venant de leur famille, de leur mari, de leurs amants. Et enfin par l’accueil d’un homme, blessé, le ravisseur du lion du zoo de Gaza. La guerre, jusque-là évoquée dans les conversations, ou entendue à travers les armes à feu, devient totalement présente.

La sensation d’enfermement est encore accrue par les très nombreux gros plans sur les visages et l’usage des miroirs qui, au lieu d’élargir l’espace, le font se replier sur lui-même.

De quoi ou de qui ces femmes sont-elles prisonnières ? Des hommes sûrement, mais aussi de leur propre adhésion à un système où ce qui leur est laissé n’est que recherche d’apparence pour leur plaire. Une scène pathétique l’illustre bien, lorsque la jeune fille, en larmes, enfile sa robe de mariée alors que personne ne pense plus pouvoir sortir de ce guêpier.

Des mouvements de caméra de plus en plus vifs, au fur et à mesure que la tension monte, nous acheminent vers l’absurde : la dépouille du lion de Gaza et de son ravisseur, tous deux étendus à l’arrière d’un camion qui les évacue. Tout cela est-il une métaphore de la Palestine ?

Maguy Chailley