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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Des nouvelles de la planète Mars

(France/Belgique – 2016 - 1h41)

Réalisation : Moll Dominik - Dominik Moll, co-scénariste François Damien (Philippe Mars), Vincent Macaigne (Jérôme), Veerle Baetens (Chloé), Jeanne Guittet (Sarah Mars), Tom Rivoire (Grégoire Mars), Léa Drucker (Myriam), Michel Aumont (le papa), Catherine Samie (la maman), Philippe Laudenbach (le vieux voisin), Olivia Côté (Xanae Mars) Gilles Marchand - Image : Jean-François Hensgens - Montage : Margot Meynier - Musique Adrian Johnston - Distribution France : Diaphana films
Interprétation : François Damien (Philippe Mars), Vincent Macaigne (Jérôme), Veerle Baetens (Chloé), Jeanne Guittet (Sarah Mars), Tom Rivoire (Grégoire Mars), Léa Drucker (Myriam), Michel Aumont (le papa), Catherine Samie (la maman), Philippe Laudenbach (le vieux voisin), Olivia Côté (Xanae Mars)
Auteur :

Dominik Moll, né en 1962 à Brühl (Allemagne), étudie à New York où il tourne un premier court métrage avant d'intégrer l'IDHEC à Paris. Il travaille (monteur et premier assistant) avec Marcel Ophüls et Laurent Cantet puis écrit et dirige ses propres films : Harry, un ami qui vous veut du bien (2000), Lemming (2005), Le moine (2011), Tunnel (2013 TV).

Résumé :

Philippe Mars, homme calme et bienveillant, vit avec ses deux enfants adolescents qu'il a du mal à comprendre. Pour ne pas refuser son aide à un collègue de bureau en grand désordre mental, il se laisse envahir au-delà du tolérable. Enfin sa sœur artiste partant en voyage lui laisse son chien en garde.

Analyse :



Ce portrait de famille traite avec humour de sujets angoissants, sinon nouveaux, mais manifeste une grande confiance dans la vie et la force de l'amour. Philippe accepte avec placidité l'indifférence qui l'entoure : il est seul à penser à l'anniversaire de ses 49 ans ; mais il se voit confronté avec force au fondamentalisme de l'adolescence, à l'aliénation du travail dont, spécialiste hautement qualifié, il se découvre victime lui aussi, et finalement à la remise en cause de la normalité où il croyait avoir trouvé la recette d'une existence heureuse. Dans ce processus, le réalisateur a très bien su, à mon avis, opérer chez le spectateur (je parle pour moi, au masculin) cette identification au personnage qui rend ses tribulations à la fois crédibles et émouvantes.

Les efforts mal ciblés de Philippe pour être un bon père ­– et certes il l'est, aimant ses enfants et payé de retour – sont illustrés de façon amusante lorsqu'il regarde à la télévision un film des Marx Brothers qui fait ses délices, tandis que sa fille et son fils, qui l'encadrent sur le canapé, attendent avec impatience de pouvoir fuir un spectacle qui les rase. Au bureau, son statut de professionnel apprécié et ami du patron vole en éclats lorsque le collègue schizophrène qu'on lui a confié perd les pédales et le blesse d'un coup de hachoir : son désintérêt pour une indemnité est pris par le patron pour hypocrisie cachant d'inavouables projets d'extorsion... Enfin, faute de savoir mettre le holà aux délires du collègue, il se retrouve à ne plus rien contrôler de son sage mode de vie.

Dominik Moll a su pimenter tout cela d'idées originales et de clins d'œil bien venus. Le Jiminy Cricket de Philippe, ce sont ses parents décédés, qui réapparaissent pour lui faire prendre conscience de l'absurdité de son comportement velléitaire. Il refuse de consulter un(e) psy, mais s'évade en combinaison de cosmonaute dans un espace où les désordres et rigueurs de la réalité sont abolis. Il considère ses bonnes relations avec son ex-épouse, animatrice de télévision, comme signe de son « équilibre », et leur longue complicité se matérialise lorsqu'il lui souffle, à travers l'écran, le mot opportun. Enfin le signe qu'il a sans doute achevé son douloureux parcours d'apprentissage est le geste par lequel Philippe fait glisser de l'autre côté du parapet l'affreux et stupide chien que lui avait imposé sa sœur...

Jacques Vercueil