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Cinéma

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Deux jours, une nuit

(Belgique, 2014, 1h30)

Réalisation : Luc Dardenne et Jean-Pierre Dardenne - Scénario : Jean-Pierre et Luc Dardenne – Photographie : Alain Marcoen – Montage : Marie-Hélène Dozo – Son : Jean-Pierre Duret - Production : J-P et L. Dardenne – Distribution : Diaphana Distribution
Interprétation : Marion Cotillard (Sandra) – Fabrizio Rongione (Manu) – Catherine Salée (Juliette) – Pili Groyne (Estelle) – Simon Caudry (Maxime) ….
Auteur :

Auteurs : Jean-Pierre et Luc Dardenne sont de nationalité belge. Jean-Pierre est né en 1951, Luc en 1954. Ils ont d'abord réalisé ensemble des documentaires sociaux. Le film qui les a fait connaître au plan international est La promesse (1996). Ensuite Rosetta (1999), Palme d'Or au Festival de Cannes. Suivront "Le fils" (2002), "L'enfant" (2005), Le silence de Lorna Prix du scénario au Festival de Cannes 2008. Ces films centrés sur des gens simples et même paumés, décrivent un univers où l'humanité se fraie un chemin à travers la misère. Le gamin au vélo (2011) reste dans la même veine mais, contrairement aux films précédents interprétés par des acteurs inconnus ou peu connus, les frères Dardenne ont recours à une actrice connue : Cécile de France. Et dans Deux jours et une nuit, c’est Marion Cotillard qui tient la vedette.

Résumé :

Résumé :Sandra, qui s’apprête à reprendre son travail après quelques mois de dépression, découvre que ses collègues ont été amenés à choisir entre son retour et l’obtention d’une prime. Aidée par son mari, elle n’a qu’un week-end pour aller les voir et les convaincre de renoncer à leur prime pour qu’elle puisse garder son travail.

Analyse :



Analyse : Comme d’habitude chez les frères Dardenne, on est dans un naturalisme social assez réussi : mode de vie, habitat, vêtements. Mais la nouveauté dans ce film c’est la présence d’un personnage masculin positif, ce qui n’existait guère dans les films antérieurs. Le mari de Sandra sera aidant envers elle tout au long de sa quête d’alliances, même si parfois on peut craindre, comme Sandra elle-même, que ce soit uniquement pour des raisons économiques qu’il la soutient, car leur famille a bien besoin de deux salaires. Cette relation positive va remplir sa fonction : encourager Sandra à aller jusqu’au bout de ces rencontres avec ses collègues pour tenter de leur faire changer leur vote ; et lui redonner confiance en elle. Ce qui est nouveau aussi c’est cette multiplicité de personnages que Sandra va rencontrer et qui nous apparaissent peu à peu dans leur diversité de profil psychologique et de réaction face à la requête de Sandra. Habituellement les frères Dardenne resserraient l’intrigue autour d’un nombre réduit de protagonistes. Ici au contraire ils réalisent une galerie de portraits, masculins et féminins, montrant le monde ouvrier de manière beaucoup moins homogène qu’on pourrait le penser. Cette hétérogénéité est révélatrice de la fin d’une conscience de classe qui faisait la force du monde ouvrier. Et certaines de ces rencontres sont particulièrement émouvantes lorsqu’elles font « bouger » les interlocuteurs en leur servant parfois de révélateurs (le père et son fils – la femme sous la coupe de son mari – l’entraîneur du club de foot). L’apparition d’Olivier Gourmet, à la fin du film, dans le rôle d’un contremaître manipulateur (dont on parle tout au long du film sans le voir), souligne la mise en évidence de la déstructuration de la solidarité des travailleurs. Ce qui n’empêchera pas Sandra de renaître à l’estime d’elle-même. On éprouve cependant une impression de monotonie dans cette succession de rencontres où Sandra répète inlassablement ce qui l’amène, et ce, en dépit d’un scénario qui s’efforce d’introduire des petites variations. Malgré le jeu, sans reproche, de Marion Cotillard, on ne peut pas oublier quelle actrice elle est. Preuve que le choix d’inconnus pour les films précédents était bien préférable pour rendre crédible les situations sociales présentées.

Maguy Chailley