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Cinéma

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Diplomatie

(France / Allemagne 2014, 1h28)

Réalisation : Volker Schlöndorff - Scénario Cyril Gély (d'après sa propre pièce) et Volker Schöndorff - Image : Michel Amathieu - Musique : Jörg Lemberg - Décors : Jacques Rouxel - Montage : Virginie Bruant - Distribution France : Gaumont
Interprétation : Niels Arestrup (Dietrich von Choltitz, gouverneur allemand de Paris occupé), André Dussollier (Raoul Nordling, consul de Suède à Paris)
Auteur :

Volker Schlöndorff, né en 1939, est un cinéaste allemand qui a beaucoup vécu et travaillé en France (où il a remporté le premier prix du Concours général de philosophie !) Assistant de Resnais pour Hiroshima, il réalise en 1966 Les désarrois de l'élève Toerless, immédiatement remarqué. En Allemagne il animera le Nouveau Cinéma, notamment avec L'honneur perdu de Katharina Blum (1976, réalisé avec Margaretha von Trotta, son épouse alors). Son film le plus célèbre sera Le tambour (1979), d'après Gunther Grass, Palme d'or à Cannes et Oscar du meilleur film étranger. Sa filmographie compte à ce jour 23 longs métrages, souvent adaptés des plus grandes œuvres littéraires.

Résumé :

Nuit du 24 au 25 août 2044. Les Alliés approchent de Paris, le général allemand von Choltitz a reçu l'ordre de faire sauter Paris et tout a été mis en place pour cela : dans quelques heures, il doit donner l'ordre fatal. Par une porte dérobée de la suite de l'hôtel Meurice où Choltitz a ses quartiers, apparaît le diplomate suédois Nordling qui engage un long duel verbal avec le général pour le persuader d'épargner Paris.

Analyse :



Le film est interprété de façon extraordinaire par deux acteurs chevronnés qui donnent toute sa grandeur à ce suspense qui n'en est pas un – nous savons que Paris est toujours là. La précise horlogerie des dialogues doit être aussi soulignée, qui témoigne de l'évolution progressive du rapport entre ces deux individus : la puissance matérielle et morale de Choltitz rend longtemps dérisoires les efforts verbaux de Nordling, jusqu'à ce que les événements autour d'eux fissurent peu à peu la certitude du militaire, tandis que le diplomate saisit avec habileté tous les fils que lui offre la situation... Le confinement dans le cadre somptueux de l'hôtel est aéré par des vues paysagères de Paris qui matérialisent l'enjeu du débat, mais ce sont les visages et attitudes des deux protagonistes qui sans cesse se rappellent à notre attention. Quant au respect que suscitent les deux héros, il est sérieusement écorné quand le consul suédois, ayant 'réussi son coup', enfonce dans sa poche l'alliance que le général lui avait confiée pour sauver sa famille, et s'occupe d'autre chose...

Diplomatie est la transposition d'une pièce de théâtre que l'unité de lieu, de temps et d'action rend aisément reconnaissable. L'auteur Cyril Gély a inventé la rencontre dramatique qu'il a mise en scène, mais les deux personnages s'étaient rencontrés effectivement dans un contexte similaire : libération de prisonniers politiques, limitation des destructions dans la capitale, transmission d'un ultimatum du général Leclerc... mais c'est Nordling qui subira une crise cardiaque le 22 août 1944 ! Quant à Choltitz, sa rencontre avec Hitler l'avait convaincu que le Führer n'avait plus sa raison, et il avait déjà mis sa famille à l'abri de la Sippenhaft (la 'responsabilité familiale' instaurée par Himmler après l'attentat contre Hitler). De l'art (grand) d'accommoder au mieux du dramatique des éléments de vérité librement réassemblés, sans en trahir le sens.

Jacques Vercueil