Logo de protestants.org
Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

logo   

Divines

(France, 2016, 1h45)

Réalisation : Houda Benyamina – Scénario : Romain Compingt, Houda Benyamina, Malik Rumeau – Image : Julien Poupard – Son : Nassim El Mounabbih – Décors : Marion Burger – Montage : Loïc Lallemand, Vincent Tricon – Musique : Demusmaker – Producteur : Marc-Benoît Créancier – Distribution France : Diaphana
Interprétation : Oulaya Amamra (Dounia), Déborah Lukumuena (Maimouna), Kevin Mischel (Djigui), Jisca Kalvanda (Rebecca), Yasin Houicha (Samir), Madjoudine Idrissi (Myriam)
Auteur :

Houda Benyamina s’est d’abord formée au métier d’actrice, avant de devenir réalisatrice grâce à l'association 1000 visages qu’elle a fondée en 2006. Elle a d’abord réalisé deux courts métrages, Ma poubelle géante (2008) et Sur la route du paradis (2011) avant de tourner Divines qui lui a valu une Caméra d’or à Cannes en 2016.

Résumé :

Dans une banlieue où se côtoient trafics et religion, la jeune Dounia a soif de pouvoir et de réussite. Soutenue par sa meilleure amie, Maimouna, elle décide de suivre les traces de Rebecca, une dealeuse respectée. Alors qu’elle gravit les échelons dans la criminalité, Dounia rencontre un jeune danseur de hip hop, Djigui.

Analyse :



Après L’esquive et Bande de filles, voici encore des filles de banlieue qui ‘décoiffent’ ! Intelligentes, culottées et estimant n’avoir pas grand-chose à perdre, elles sont décidées à dépasser à tout prix le sort médiocre qui leur est promis. Et voilà un film, mélange de chronique sociale et de polar, qui attrape le spectateur dès le début et ne le lâche plus, le laissant entre malaise et stupéfaction. D’abord parce que la violence qui s’exprime ici dans les gestes, le langage et les relations économiques et sociales ne relève pas d’un contexte américain ou asiatique auquel on s’est habitué, mais d’une réalité bien française, et rarement montrée. Ensuite, parce qu’à l’heure où l’on parle abondamment de servitude et de soumission féminines, le film rend hommage au courage et à l’audace de quelques-unes, même s’il faut pour cela quitter le cadre de vie habituel et légal. Enfin, parce que les trois principales actrices, et en premier lieu Oulaya Amamra, jeune sœur de la réalisatrice, déploient une énergie et une vitalité phénoménales. Dounia, qui s’est donné comme consigne ‘Money, money money’, forme avec son amie obèse, Maimouna, un duo de choc hors des canons habituels, touchant et comique à la fois. L’effrayante Rebecca, véritable caïd sans scrupules, sait reconnaître en Dounia quelqu’un qui n’a pas froid aux yeux, qui « a du clito », expression déjà dans les annales de Cannes! L’originalité du scénario tient à une inversion des rôles traditionnels et le personnage le plus féminin est joué par un garçon, qui trouve son salut dans la danse, Djigui. Plusieurs scènes, joliment chorégraphiées, constituent des moments de calme dans le grand tourbillon du film. L’amour naissant entre Djigui et Dounia laisse entrevoir une autre issue que la quête du pouvoir, de l’argent et de la consommation : celle de l’art qui transcende le quotidien. Mais la fin du film, à la fois confuse et un tantinet convenue, est décevante car elle brouille le propos général d’un premier long métrage plein de vie, d’inventivité et d’humanité.  

Françoise Wilkowski-Dehove