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Cinéma

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El Clan

(Argentine/Espagne – 2015 - 1h49)

Réalisation : Trapero Pablo - Scénario, montage et production : Pablo Trapero – Production : Pedro et Agustin Almodovar - Musique : Sebastian Escafet - Photo : Julian Apesteguia – Casting : Javier Braier – Montage : Alejandro Carrilo Penovi – Distribution France : Diaphana Distribution
Interprétation : Guillermo Francella (Arquimedes Puccio), Peter Lanzani (Alejandro Puccio), Lili Popovich (Epitania Puccio), Stefania Koessi (Monica)
Auteur :

Né en 1971, Pablo Trapero est un réalisateur argentin qui s’emploie à dénoncer les injustices, l’insécurité, le chômage et la corruption. Ses principaux films sont : Mundo grua (1998), Voyage en famille (2004), L’éléphant blanc (2012). Sorti en août 2015 à Buenos Aires, El clan a remporté le meilleur succès de l’année. Il a reçu un Lion d’argent à Venise.

Résumé :

Au début des années 80, en Argentine, Arquimedes Puccio, ex-agent des renseignements généraux de la dictature militaire, organise enlèvements contre rançon puis assassinats, avec la complicité active ou passive des membres de sa famille, qu’il terrorise. Les Puccio donnent pourtant l’apparence d’une famille ordinaire vivant dans un quartier tranquille de Buenos Aires. Alejandro, l’aîné des enfants, est un brillant international de rugby des mythiques ‘Pumas’. Mais les protections dont bénéficie Arquimedes vont diminuer avec l’élection du président de gauche Raul Alfonsin, en décembre 1983.

Analyse :



Fondé sur des faits réels, le film propose une reconstitution de l'affaire Puccio qui avait fait grand bruit lors de l’arrestation de toute la famille en 1985. Des images d’archives évoquent le contexte politique : discours du général Leopoldo Galtieri après la défaite des Malouines (1982), entrée en fonction d'Alfonsin, sortie du rapport ‘Jamais plus’ sur les crimes de la dictature (1984). Arquimedes Puccio, homme de main du régime, mis en quelque sorte en chômage technique par la fin de la dictature, continue ses activités parallèles de droit commun pour son propre compte, jusqu’au jour où il enlève une responsable d’entreprise. Les relations de cette dernière font sauter les hautes protections militaro-policières qui assuraient auparavant son impunité et dont il ne peut admettre la fin. Le film repose en grande partie sur le jeu sobre et dense de Guillermo Francella, longtemps cantonné à des comédies et qui campe ici un père tranquille, capable de torturer et de tuer sans état d’âme, et sur celui de Peter Lanzani, beau garçon sans avenir car dressé à la soumission. La manipulation d’Alex par son psychopathe de père et ses tentatives infructueuses pour échapper à son emprise, sont au centre du film qui pose avec force la question du mal et celle des dépravations en chaîne liées aux régimes brutaux. Maillon du système criminel instauré par la junte, Arquimedes est aussi un dictateur cruel à la maison. Pablo Trapero traite son récit tambour battant, comme un thriller, recourant aux plans alternés, flash-back et flash forward, pour un public argentin qui se rappelle ces années noires. La grande originalité du film réside dans la bande son - musique pop, guitare, rock comme I’m just a gigolo et Sunny afternoon - terriblement légère et distanciée par rapport aux images glaçantes qu’elle illustre. Ce traitement surréaliste de la réalité, qui évoque le style de Bunuel, apparaît comme un procédé plein de tact pour aider à supporter la froide cruauté des faits.

Françoise Wilkowski-Dehove