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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Elle s'en va

(France - 2013 - 113 min)

Réalisation : Emmanuelle Bercot - Scénario : Emmanuelle Bercot et Jérôme Tonnerre - Image : Guillaume Schiffman - Montage : Julien Leloup - Production : Fidélité Film - Distribution : Wild Bunch Distribution.
Interprétation : Catherine Deneuve (Bettie), Nemo Schiffman (Charly), Gérard Garouste (Alain), Camille (Muriel), Claude Gensac (Annie).
Auteur :

Parisienne, née en 1967, Emmanuelle Bercot est admise à la Femis où elle tourne un court métrage, Les Vacances, remarqué à Cannes en 1997 (Prix du Jury). Puis en 1999, un moyen-métrage : La Puce. Elle devient actrice avec Claude Miller, puis tourne un long métrage, Clément, en 2001. En 2005, Backstage, en 2009 un téléfilm pour Canal + : Mes chères études. Elle participe à Polisse de Maïwen (coscénariste et actrice).

Résumé :

Bettie se donne sans compter pour son restaurant en difficultés financières. Veuve depuis des années, partagée entre le poids de sa mère qui la traite comme une adolescente, les reproches de sa fille séparée de son mari, la désaffection de son petit-fils qu’elle connaît à peine, elle craque. Elle part acheter des cigarettes, et son périple va durer plus longtemps que prévu, l’occasion de quelques rencontres savoureuses, le temps de prendre un nouveau départ.

Analyse :



Catherine Deneuve est une icône, une star intouchable. Mais ici, elle découd toutes les robes de soie apprêtées à petits points spécialement pour elle. Métamorphosée en Bettie, sexagénaire un peu trop ronde, aux cheveux lâchés, mal fagotée, elle entre dans le personnage avec un naturel qui laisse sans voix. On oublie la star, les paillettes, on trouve même normal de la voir fumer une cigarette roulée à son intention par un vieux paysan nonagénaire, et la scène nous semble tout à fait crédible, drôle, fine, teintée de tendresse.

*i$Elle s’en va est un road-movie, certes, et ce genre peut facilement s’essouffler dans le cliché, le voyage de carte postale. Mais Emmanuelle Bercot nous entraîne avec elle, dans un souffle de vie puissant auquel il est impossible de résister, et nous devenons Bettie-Deneuve filmée par une caméra à l’affût des émotions éprouvées par l’actrice : nous vibrons avec les images qui s’agitent soudain au rythme de son angoisse quand elle ne trouve plus son petit-fils, la caméra virevolte autour des cheveux blonds qui volent d’un passant à l’autre, la même question fuse « Vous n’avez pas vu un petit garçon ? ». Les images s’apaisent dans les paysages de campagne verte et somptueuse, au son d’une musique prenante et nous en profitons pour reprendre notre souffle. La scène suivante, la réalisation du calendrier des Miss 1969, nous emporte dans une nostalgie souriante. Nous passons, en symbiose avec Deneuve, par la peur, le plaisir, la honte, la rage, et la caméra nous guide. Même sans les dialogues, on pourrait suivre l’histoire, simplement en observant le rythme des images, le travail de la caméra.

Belles images, d’ailleurs, beaucoup de gros plans soignés, de couleurs gaies qui démentent la tristesse des situations. Beaucoup d’humour et de moments forts. Des scènes qu’on n’oubliera pas facilement. Un voyage qui change le regard de Bettie (et le nôtre) sur les choses de la vie.

La musique accompagne fort bien le périple. De quoi donner envie de fumer !

Catherine Forné