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Cinéma

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Et les mistrals gagnants

(France – 2017 – 1 h 19) (Documentaire)

Réalisation : Anna-Dauphine Julliand - Scénario : Anne-Dauphine Julliand – Montage : Lilian Corbeille et Mathieu Goasguen – Ingénieur du son : Quentin Romanet – Producteur : Edouard de Vesinne – Distributeur France : Nour Films
Interprétation :
Auteur :

Née en 1973, Anne-Dauphine Julliand est journaliste. Mère de quatre enfants, elle a perdu l’aînée de ses filles, décédée d’une maladie orpheline. Elle fait paraître en 2011 Deux petits pas sur le sable qui évoque cette épreuve, et qui rencontre un grand écho. Elle obtient le prix Pèlerin du témoignage 2011. Elle publie en 2013 un second livre sur ce sujet Une journée particulière. Et les mistrals gagnants est son premier long métrage.

Résumé :

La réalisatrice suit pendant quelques mois cinq enfants gravement malades, dans leur environnement familial, à l’hôpital et lorsqu’ils s’amusent entre eux.

Analyse :



Il pouvait paraître indélicat, périlleux, un tantinet voyeuriste et indécent de faire un film sur des enfants malades, victimes de pathologies lourdes dont certaines sans doute mortelles. Pourtant Anne-Dauphine Julliand, par son expérience personnelle douloureuse, a su prendre suffisamment de distance avec son sujet, sans tomber dans les ornières de l’excès de pathos ou de l’indécence, a su se centrer davantage sur les enfants que sur leur maladie. Elle nous présente un film lumineux, magnifique, plein de tendresse, de vie et de joie. Ces petits bouts, qui se laissent filmer avec grand naturel, sont tellement émouvants lorsqu’ils pleurent de fatigue ou de douleur, au moment des traitements si invalidants ; mais aussitôt après c’est le rire, et l’insouciance qui nous fait passer comme eux, sans transition, des larmes au rire. Ambre, Camille, Charles, Imad et Tugdual qui ont entre 6 et 9 ans, sont comme tous les enfants au monde. Ils aiment s’amuser, adorent jouer la comédie, ou jardiner, ou faire du vélo, ou jouer du piano ou au foot. Mais ils ont en plus un regard grave, une maturité et une lucidité sidérantes. Ils ont parfaitement intégré leur maladie, vivent avec, n’hésitent pas à lui donner son nom scientifique, à la décrire sans fausse pudeur, avec une tranquillité désangoissée qui est une vraie leçon de vie. C’est même eux qui rassurent leurs parents. Imad avec sa bouille toute ronde barrée de ses grosses lunettes, aux gestes d’adulte d’une drôlerie irrésistible, leur dit « pour moi ce n’est pas difficile, c’est pour vous que c’est difficile ».

Il est vrai que les enfants n’ont pas le même rapport au temps que nous ; et ainsi que le rappelle le pédopsychiatre Bernard Golse, « la vision de la maladie est extrêmement différente chez les enfants et les adultes », le mot « mort » n’a pas le même sens que pour nous. Il reste que ces cinq enfants malades débordants de vie nous bouleversent et nous donnent une belle leçon. Nous n’oublierons pas les mots de Tugdual, amateur de jardinage et de piano, qui nous assène tranquillement «Être malade ça n’empêche pas d’être heureux », « Rien n’empêche d’être heureux ».  

Marie-Jeanne Campana