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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Eté 93

(Espagne – 2017 - 1h34)

Réalisation : Carla Simon Pipo - Scénario : Carla Simon - Image : Santiago Racaj - Montage : Didac Palou et Ana Pfaff - Distribution France : Pyramide Distribution.
Interprétation : Laia Artigas (Frida), Bruna Cusí (Marga), David Verdaguer (Esteve)
Auteur :

La Catalane Carla Simon Pipo, même génération que son héroïne qui reproduit son enfance, a pu étudier le cinéma en Californie puis à Londres grâce à un programme d'échanges étudiants et une bourse. Outre tourner des courts métrages, elle a enseigné le cinéma aux enfants. Elle a travaillé sur Eté 93 (meilleur premier film à Berlin 2017) depuis son retour en Espagne.

Résumé :

Frida, six ans, quitte Barcelone après le décès de sa mère pour aller vivre, désormais seule, chez ses oncle et tante Esteve et Marga installés à la campagne avec leur fillette de trois ans. Description de ce premier été d'une vie à refonder.

Analyse :



Le pari était difficile, puisque le film ne propose rien qui ne soit banal et quotidien ; c'est dans l'expérience qu'elle a vécue elle-même que la réalisatrice a puisé le besoin, la force et les outils de sa création artistique. Cela est fait avec sensibilité, et doit beaucoup à la petite actrice, en permanence à l'écran.

Le contexte, celui d'une famille sans problèmes matériels, où parents et grands-parents appliquent leur affectueuse bonne volonté et, autant que possible, leur intelligence au projet de reconstruction de l'univers de Frida, permet de focaliser tout l'intérêt sur la psychologie de la gamine, en mettant presque entièrement à l'écart ce qui ne la concerne pas directement (le sida et comment la société y réagit). Le chemin qu'elle effectue vers l'acceptation de son deuil, ponctué de révoltes, de vertiges, de tunnels, passe notamment par ce moment émouvant où, préparant sa fugue, elle lègue à sa 'petite sœur' rien moins que la poupée venue de sa maman ; mais les proches aussi doivent savoir parcourir leur chemin, comme on le voit au premier geste de vraie tendresse de Marga, s'allongeant auprès de Frida dans le petit lit — geste qui survient très tard, après la crise, et se révèle merveilleusement efficace.

Ces délicats sentiments sont rendus de façon convaincante et, heureusement, sobre ; il faut rendre hommage au travail de direction des deux petites filles, dont l'interaction tient beaucoup de place. Mais attention à ne pas laisser s'évaporer son empathie envers les personnages... car l'accrochage du spectateur, dans un film presque totalement privé d'événements, ne tient qu'à ce fil ténu.

 

Jacques Vercueil