Logo de protestants.org
Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

logo   

Eternité

(France – 2016 - 1h55)

Réalisation : Anh-Hung Tran - Scénario Tran Anh Hung, d'après L'élégance des veuves d'Alice Fernel - Image  : Ping Bing Lee - Montage  : Mario Battistei - Distribution France  : Pathé
Interprétation : Audrey Tautou (Valentine), Bérénice Bejo (Gabrielle), Mélanie Laurent (Mathilde), Jérémie Régnier (Henri)
Auteur :

Tran Anh Hung, né au Vietnam en 1962 et réfugié en France depuis 1975, étudia le cinéma à l'École Louis-Lumière. Son premier long métrage, L'Odeur de la papaye verte (Vietnam/France 1993) lui valut la Caméra d'or à Cannes et le second, Cyclo (Vietnam/France 1995), le Lion d'or de la Mostra de Venise. À la verticale de l'été (Vietnam/France/Allemagne 2000) conclut sa trilogie vietnamienne. Suivront Je viens avec la pluie (France 2009) puis La Ballade de l'impossible (Japon 2010). Eternité (France 2016) est donc son sixième long métrage.Tran Anh Hung, né au Vietnam en 1962 et réfugié en France depuis 1975, étudia le cinéma à l'École Louis-Lumière. Son premier long métrage, L'Odeur de la papaye verte (Vietnam/France 1993) lui valut la Caméra d'or à Cannes et le second, Cyclo (Vietnam/France 1995), le Lion d'or de la Mostra de Venise. À la verticale de l'été (Vietnam/France/Allemagne 2000) conclut sa trilogie vietnamienne. Suivront Je viens avec la pluie (France 2009) puis La Ballade de l'impossible (Japon 2010). Eternité (France 2016) est donc son sixième long métrage.

Résumé :

Valentine, sa bru Mathilde et la cousine Gabrielle de celle-ci sont des mères de famille prolifiques dont on suit la vie et la progéniture sur près d'un siècle. Dégagées des contraintes matérielles de l'existence par le milieu fortuné dans lequel elles vivent, elles et leurs descendantes se consacrent à la mise au monde et à l'élevage d'environ 150 enfants, petits et arrière-petits-enfants.

Analyse :



Qui aurait pensé à faire un film aux allures de registre d'état civil ? Comme dans ces monuments de la République, l'existence se résume à trois moments : naissances, mariages, décès, et rien d'autre ou presque n'apparaît de la vie des innombrables personnages qui défilent tandis que tournent les pages et que passe le temps. La riche rime entre éternité et maternité explique le titre du film : d'une femme née de la femme naîtra une femme qui à son tour... ; le rôle des pères, éléments décoratifs comme les magnifiques bouquets de fleurs qui ornent les somptueuses demeures du décor, est à l'échelle des quelques instants à quoi se résume leur participation à la procréation, comparés aux neuf mois de gestation et aux années d'élevage des enfants qu'y consacrent les mères. Personne ne perd une minute à des activités telles que gagner sa vie ou tenir la maison, il y a tout ce qu'il faut pour cela comme ressources et personnel : le film se déroule dans un monde suspendu où, sur un siècle, la seule trace d'Histoire que j'aie repérée tient aux deux jumeaux enrôlés en 1914, et qui ne reviendront pas. Les vêtements aident un peu à percevoir le passage des années...

Cette épopée des générations s'insère dans une fabuleuse collection de jardins plus superbes les uns que les autres, tous saisis dans les moments les plus glorieux de leurs floraisons : autre hommage à l'exubérance de la vie et, telle qu'elle nous est dépeinte, à sa merveilleuse beauté. D'incessants accompagnements musicaux, en général au piano, bruitent une perpétuelle voix off qui raconte le film : par ailleurs, peu de dialogues, et en fait peu de vie dans cet album de photos de famille.

C'est très joli, mais cela semble aussi très gratuit, et d'une surprenante nostalgie pour l'époque, s'il en fut, où les femmes étaient d'abord des mères. « Une femme qui n’a pas d’enfants manque ce qu’il y a de plus ravageur dans une vie. » Beaucoup de spectatrices et spectateurs d'aujourd'hui auront sans doute du mal, même en faisant la part du décalage dans le temps, à accepter un discours aussi radical, et un habillage trop facile dans une prospérité anesthésiante. Sans intrigue ni moteur dramatique, l'indiscutable beauté des images et des couleurs - les décors sont dus à madame Tran et une immense équipe d'artistes - ne suffit pas à créer l'intérêt, et l'on rêve finalement d'une éternité plus brève. 

Jacques Vercueil