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Cinéma

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Every Thing Will Be Fine

(Canada, France & al – 2015 - 1h55)

Réalisation : Wenders Wim - Scénario : Bjørn Olaf Johannessen - Montage : Toni Froschhammer - Musique : Alexandre Desplats - Photographie : Benoît Debie - Distribution France : Bac Film
Interprétation : James Franco (Tomas Eldan), Charlotte Gainsbourg (Kate, la mère), Marie-Josée Croze (Ann, seconde compagne de Tomas), Rachel McAdams (Sara, première compagne de Tomas)
Auteur :

Après des études de médecine et de philosophie Wim Wenders passe un an à Paris et profite de la Cinémathèque. Il entre ensuite à l'Ecole supérieure du cinéma et de la télévision de Munich. Ses films les plus connus sont Paris Texas (1984), Palme d’Or au Festival de Cannes, Les Ailes du désir (1987), Prix de la mise en scène à Cannes et Le sel de la terre (2014), Mention Spéciale du Prix œcuménique et Prix spécial Un Certain Regard à Cannes, et César du meilleur documentaire.

Résumé :

Un accident de voiture sur une route enneigée entraîne la mort d’un enfant. Le conducteur de la voiture, la mère et le frère de l’enfant doivent faire face à la culpabilité et à l’absence.

Analyse :



Every Thing Will Be Fine, a été présenté hors compétition au Festival de Berlin cette année où Wim Wenders a reçu un Ours d'or d'honneur. Le réalisateur renoue avec la fiction après les documentaires Pina (2011) et Le sel de la terre (2014).

Le film débute sur d’admirables vues de cabanes de pêcheurs, colorées, sur un lac gelé Canadien et, à l’intérieur de l’une d’elles, d’un homme, dans une atmosphère glaciale, se préparant à sortir. Elles illustrent la maîtrise artistique du réalisateur et de Benoit Debie, son directeur de la photographie, dans leurs choix : reflets, flocons révélés par la lumière, vapeur dégagée par une haleine tempérée au contact de l’air ambiant. L’incertitude de Tomas, un écrivain en mal d’inspiration, s’annonce en filigrane.

Plusieurs thèmes sont abordés, tous profondément humanistes. Il nous parle tout d'abord de culpabilité : celle d'une mère (Kate, bouleversante Charlotte Gainsbourg) qui a laissé ses deux enfants jouer sans surveillance sur une luge au voisinage de la route ; celle de Tomas, seul au volant dans le blizzard, perturbé par ses relations difficiles avec sa compagne, et qui n'a pas vu déboucher le petit bolide sur la route ; celle, moins facile à cerner, cependant essentielle dans le film, de Christopher, le frère survivant. Leur douleur est filmée en parallèle sur une période d’une dizaine d’années.

Alors que Kate trouve un soutien dans sa foi, la révélation progressive du caractère de Tomas, se remettant du drame, conduit à une nouvelle question. Sa profession ne le pousse-t-elle pas à mettre tout ce qu'il peut utiliser, et cet accident en particulier, au service de nouvelles inspirations ? Il ne veut pas d'enfant pour ne pas risquer la brillante carrière qui se dessine et il élimine tout ce qui pourrait gêner son ascension. « Rien ne peut te toucher » constate sa nouvelle compagne, sous-entendant « hors de ton oeuvre ». Son père, qui a consacré son existence à son laboratoire et se retrouve à la retraite seul, égoïste et désabusé, avec le sentiment d'une vie gâchée sans affection, préfigure ce qui attend Tomas dans quelques années.

Mais le jeune Christopher, devenu adolescent, par son attitude farouche d’enfant grandi sans père, peut-être par sa soif d'écrire qui le désigne un peu comme un héritier, engage Tomas sur un chemin nouveau : celui d'une quasi-paternité.

La délicatesse dans le traitement de ce sujet difficile évite le mélo sans masquer la souffrance des protagonistes. Les personnages se dévoilent dans leurs sentiments intimes à travers quelques gestes, quelques paroles. L'art d'un grand cinéaste !

Nicole Vercueil