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Cinéma

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Faute d'amour (Nelyubov /Loveless)

(Russie/France/Belgique/Allemagne- 2017 - 2h07)

Réalisation : Andrey Zvyagintsev – Scénario : Andreï Zviaguintsev et Oleg Neguine – Musique : Evgueni Galperine – Photographie : Mikhaïl Krichman – Montage : Anna Mass. - Producteur : Alexander Rodnianski, Sergueï Melkoumov – Disribution : Pyramide
Interprétation : Alexeï Rozine (Boris) – Marianna Spivak (Genia) – Marina Vassilieva (Masha) – Matveï Novikov (Aliocha) – Andris Keiss (Anton) – Alexeï Fattev (Le coordinateur)
Auteur :

Andreï Zviaguintsev, sibérien, s'intalle à 22 ans à Moscou où il intègre une école de comédie et devient acteur de théâtre. Découvrant Orson Welles, Luchino Visconti et Eric Rohmer, il se dirige petit à petit vers le cinéma. Il commence par tourner des spots publicitaires et une série télévisée russe. Puis il se lance dans le long-métrage avec le Retour (2003, Lion d'or à la Mostra de Venise), le Bannissement (2007), Elena (2011, prix spécial du jury Un certain regard à Cannes), Léviathan (2014, prix du scénario à Cannes) et Faute d'amour (2017).

Résumé :

Un couple divorce. Leur seul bien matériel commun est leur appartement qu'ils cherchent à vendre. Leur garçon, Aliocha, malheureux et impuissant, assiste aux nombreuses disputes. Chaque parent est en train de refaire sa vie. Mais un jour, Aliocha n'est plus là.

Analyse :



Tout est dit dans les premières images qui seront aussi les dernières images de ce film déchirant : des arbres sous la neige, une musique dramatique, une ambiance glacée. Aliocha, un garçon russe de 12 ans, délaissé, inexistant pour son père et sa mère et présent pendant les 20 premières minutes du film, disparaît totalement. On en parle, on le cherche mais on ne le reverra plus. On a juste eu le temps de voir un enfant perdu, bouleversé par la douleur, pleurant car ne comptant pour personne – ses parents veulent le placer dans un pensionnat. Sa disparition permet de saisir l'indifférence et l'égoïsme de ces parents qui mettent plus d'une journée à s'apercevoir de la disparition de leur fils.

La construction du film nous amène petit à petit vers l'inéluctable. Les nombreux plans fixes de paysages magnifiques mettent le spectateur mal à l'aise et nous révèlent la fragilité de l'homme face à la nature. Un des plans fixes, la vue prise de la chambre d'Aliocha, revient à plusieurs reprises et a un sens différent à chaque fois. Cette image fait avancer le spectateur dans la recherche d'Aliocha. Le film est long, 2h08, et le réalisateur nous fait vivre pleinement l'angoisse de cette recherche. Va-t-on retrouver cet enfant dans un immeuble inhabité, au fond d'un lac ou dans une forêt aux abords de la cité ?

Zviaguintsev a voulu montrer aussi l'incompétence des services publics russes croulant sous la paperasserie. C'est une association privée qui va prendre en charge la recherche de l'enfant. En arrière-plan se déroulent les conflits en Géorgie ou en Ukraine alors que la famille russe est le miroir d'une société sans âme où la réussite et l'individualisme cohabitent.

Ce film sombre vaut la peine d'être vu pour ses qualités cinématographiques. Il a obtenu au dernier festival de Cannes le prix du Jury.

Marie-Christine Griffon