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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Félicité

(France - 2016 - 2h03)

Réalisation : Alain Gomis - Scénario : Alain Gomis - Photographie : Céline Bozon - Montage : Fabrice Rouaud - Ingénieur du son : Benoit de Clerck - Musique : groupe Kasaï All-stars, Arvo Part - Distribution France : Jour2fête
Interprétation : Véronique Beya Mputu (Félicité), Papi Mpaka (Tabu), Gaëtan Claudia (le fils)
Auteur :

Alain Gomis est né en 1972 d’un père sénégalais et d’une mère française. Il commence à travailler dans des ateliers vidéo où il filme l’immigration. L’Afrance est son premier long métrage en 2004.Suivront Andalucia (2007) et Aujourd’hui (2011). Félicité a obtenu un Ours d’argent à Berlin et un Etalon d’or au Fespaco de Ouagadougou en 2017.

Résumé :

A Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo, Félicité chante le soir dans les bars. Lorsque son fils est blessé dans un accident de moto, elle doit rapidement trouver de quoi payer son opération chirurgicale.

Analyse :



Dès le début du film nous sommes plongés au cœur de la ville africaine pleine de bruit, de poussière, de chaleur et de corps en transpiration. Kinshasa partage d’ailleurs la vedette avec Félicité, le personnage principal. Alain Gomis a voulu que Félicité (actrice non professionnelle) soit « une femme forte qui n’accepte pas la compromission, qui prend tout de plein fouet et ne plie pas sous les coups » Pour ce faire, il s’approche au plus près du visage fermé et fier de Félicité avec une caméra portée et tremblante pour souligner sa détermination, son refus de plier mais aussi sa solitude. L’autre personnage fondamental du film est Tabu, un colosse qui se laisse trop souvent embarquer dans les brumes de l’alcool, qui s’improvise mécanicien/réparateur de frigo mais aussi homme plein d’humanité. Nous sommes pleinement en Afrique et Gomis dénonce le système de corruption généralisée et la grande différence entre les « élites » et le peuple qui, lui, cultive la solidarité. Ce film, tourné en grande partie en lingala, la langue locale, est immergé dans la culture africaine et les croyances anciennes ne sont pas très loin, comme en témoignent les scènes de nuit où l’obscurité naturelle prend le pouvoir et qui rappellent les rites animistes du bois sacré des tribus africaines. Bien évidemment la musique joue un rôle important dans le film et elle lui donne certains de ses meilleurs moments quand Félicité chante seule sur scène devant une salle vide ou quand on voit un gros plan sur une main jouant de la guitare. La formation Kasaï All-stars joue un mélange de jazz et de musique traditionnelle mais Gomis nous présente aussi une chorale d’amateurs qui chante la musique contemporaine de l’estonien Arvö Part ! Félicité est une véritable ode à la vie, une création généreuse, dans laquelle le bruit et la fureur côtoient la délicatesse et l’humanité.

Jean Wilkowski