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Cinéma

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Folles de joie (La Pazza Gioia)

(Italie/France – 2016 - 1h58)

Réalisation : Paolo Virzi – Scénario : Paolo Virzi et Francesca Archibugi - Image : Vladan Radovic - Montage : Cecilia Zanuso  - Distribution France : Bac films
Interprétation : Valeria Bruni-Tedeschi (Beatrice), Micaela Ramazzotti (Donatella)
Auteur :

Folles de joie est le douzième film de Paolo Virzi, mais seulement le cinquième (hors festivals) visible en France (dernier en date, 2014 : Les opportunistes /Il capitale umano). Né à Livourne (Toscane) en 1964, il étudia le scénario à Rome avec le célèbre Furio Scarpelli (Age & Scarpelli) qui devint son mentor. Son premier long métrage (La bella vita, 1994) fut primé à Venise et reçut le David de Donatello du premier film ; depuis, Virzi est l'un des cinéastes italiens dont les œuvres ont été le plus souvent couronnées. Micaela Ramazzotti, protagoniste de Folles de joie, est son épouse depuis 2009.

Résumé :

Deux pensionnaires d'un établissement psychiatrique s'enfuient à l'occasion d'une sortie en groupe. Absolument dissemblables de caractère, mais finalement liées de confiance, elles vivent des aventures drôles et émouvantes à la recherche chacune de son paradis perdu.  

Analyse :



Grâce à la performance éblouissante de Valeria Bruni-Tedeschi, le film est porté par le personnage exubérant de Beatrice. Cette grande bourgeoise, à qui tout a toujours été possible et facile, continue à croire que tout le sera, même quand plus rien ne l'est. La culture de classe dont elle est imprégnée lui sert de carapace face aux duretés de l'existence qu'elle mène désormais. Son contrepoint absolu est représenté par Donatella, venue d'un milieu pauvre où la vie est difficile : pour elle, l'échec est l'aboutissement normal de tout acte. Mais la jeune femme en déprime profonde trouvera dans les foucades de sa compagne bipolaire la force de revivre.

Deux femmes en cavale au comportement imprévisible et incompréhensible, on pense bien sûr à Thelma et Louise ; ne pas aller plus loin dans cette direction ! Ici, ce n'est pas la Société qui doit rendre des comptes, mais bien le Destin qui a infligé à ces deux femmes, du fait de ceux qu'elles aimaient, des blessures ingérables. Leur parcours chaotique emmène le spectateur de moments farfelus en moments d'émotion et d'une surprise à l'autre, l'inattendu de la succession et du déroulement des épisodes étant intelligemment préservé.

Folles de joie se situant tantôt à l'intérieur de la Villa Biondi, tantôt à l'extérieur de l'établissement, le parallèle s'impose rapidement entre l'ambiance de la maison des fous, dedans, et celle d'un monde de fous. Ce dehors dont sont privées nos héroïnes confinées est pour elles plein de promesses trompeuses : shopping, fêtes et l'homme aimé pour Beatrice ; pour Donatella, son jeune fils en famille d'accueil. Le défilé de chars du Carnaval de Viareggio, bien sûr, mais aussi la maison de famille de Beatrice transformée en décor et studio de cinéma, ou la sortie à la plage de Donatella, illustrent ces faux-semblants. Beatrice sera humiliée par son amant et par sa mère, Donatella sera privée du droit de rencontrer son fils...

Mais ce film, construit sur deux femmes perdues à elles-mêmes, laisse néanmoins une sensation de confiance et d'optimisme. Au-delà du courage et de la ténacité des deux protagonistes, cette sensation repose sur quelques personnages périphériques esquissés plus ou moins brièvement, mais présentés de façon très positive. C'est le cas, en particulier, des personnels soignants et encadrants de la Villa Biondi, remarquables de compétence et d'humanité envers leurs clientes ; c'est aussi le cas du père de Donatella, malgré les limites que lui assigne sa propre situation (et son caractère), et de sa gentille marâtre, d'une persistante bonne volonté ; c'est le cas enfin des parents adoptifs de son fils, certes méfiants envers une mère biologique stigmatisée par la société, mais prêts aussi à reconnaître et respecter son amour maternel.  

Jacques Vercueil