Logo de protestants.org
Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

logo   

Francofonia, le Louvre sous l'occupation

(France - 2015 - 1h30)

Réalisation : Sokourov Alexandre  - Scénario Alexandre Sokourov - Montage : Hansjörg Weißbrich - Photographie : Bruno Delbonnel - Production : Idéale Audience, Musée du Louvre  - Société de distribution France : Sophie Dulac Distribution
Interprétation : Louis-Do de Lencquesaing (Jacques Jaujard), Benjamin Utzerath (Comte Wolff Metternich, Vincent Nemeth (Napoléon Bonaparte), Johanna Korthals Altes (Marianne)
Auteur :

Alexandre Sokourov fait ses études à l'Ecole de Cinéma de Moscou où il est peu apprécié de ses pairs. Ses principaux films : la Tétralogie avec Moloch, 1999 (les derniers temps d'Hitler), Taurus, 2001 (ceux de Lénine), Le soleil, 2005 (Hirohito renonce son essence divine) et Faust, 2011 (Lion d'Or à Venise) ; Alexandra, 2007 (une grand-mère se rend sur le front tchétchène) ; L'Arche russe, 2002 (sur le Musée de l'Hermitage).

Résumé :

Evocation du destin des œuvres d’art des musées français dans la période de l’Anschluss, puis sous l’occupation allemande, ce docu-fiction met en scène le sous-directeur des Musées nationaux Jacques Jaujard et l'officier allemand historien d'art, le comte Franz Wolff Metternich chargé de 'veiller' sur les collections du Musée du Louvre. Mais il révèle surtout l'émerveillement du réalisateur devant les trésors qu'il contient.

Analyse :



Aleksandr Sokurov, Sokourov en Français, commence par travailler à la télévision russe mais réussit mal à se faire reconnaître parce que son cinéma évolue en dehors des chemins tracés. Le seul à s'intéresser à lui sera son modèle et ami proche : Andrei Tarkovski.

Chacun se souvient de l'extraordinaire Arche russe sortie en 2002, film sur le Musée de l'Hermitage que le cinéaste avait tourné en un seul plan-séquence. Francofonia, tout aussi étonnant, a des résonances plus intimes. Sokourov se met même en scène, par moments, à son bureau, essayant de joindre, par Skype, un ami qui convoie dans la tempête un bateau chargé de conteneurs d’œuvres d'art, évocation sans doute du combat que les responsables du Musée du Louvre ont dû mener dans la tourmente de la guerre.

Le film est une rêverie qui tourbillonne autour de l'Histoire, appuyée par des images d'archives, de Napoléon qui arpente les salles en insistant sur son importante contribution : « C'est moi, c'est moi... » ( le musée s'est appelé, un temps, Musée Napoléon), de Marianne qui semble errer avec inquiétude en répétant « Liberté, égalité, fraternité » et de dialogues imaginaires, entre Jaujard et Metternich, dont les intéressantes images sont scindées en deux parties : d'une part les deux protagonistes, de l'autre la bande son correspondante. Sokourov signale ainsi qu'ils sont sur écoute.

Ces rencontres montrent une lente évolution des rapports entre les deux hommes. D'une soumission à contrecœur devant le vainqueur, Jaujard adopte peu à peu une attitude plus naturelle lorsqu'il comprend que son ennemi est en fait un partenaire qui professe le même amour de l'art que lui-même. Le respect pour les œuvres abritées par le musée les réunit en une sorte de connivence.

A la fin du film, en établissant la comparaison entre les dommages causés par la guerre au Musée de l'Hermitage et le traitement 'de faveur' accordé au Musée du Louvre, le cinéaste en attribue le motif à l'image, à l'étranger, de Paris et de sa culture et laisse perler son amertume.

Le récit est en grande partie authentique même si les dialogues échangés relèvent de la fiction. Une belle histoire dans l'Histoire qui donne au spectateur l'envie de se renseigner davantage.

Nicole Vercueil