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Cinéma

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Frantz

(Français / Allemand – 2016 - 1h54)

Réalisation : François Ozon - Scénario : François Ozon d'après L’Homme que j’ai tué (1925) pièce de théâtre de Maurice Rostand - Décors : Michel Barthélémy - Montage : Laure Gardette – Musique : Philippe Rombi - Photographie : Pascal Marti - Distribution France : Mars Film
Interprétation : Paula Beer (Anna), Pierre Niney (Adrien), Ernst Stötzner (Hoffmeister), Marie Gruber (Magda), Johann von Bülow (Kreutz)
Auteur :

François Ozon commence par une maîtrise de cinéma à Paris I avant d'entrer à la Fémis en 1990 dans la section réalisation où il crée de nombreux courts-métrages. Certains d'entre eux le font remarquer à Locarno et Cannes. Son habileté dans la manière de filmer les femmes se révèle dans chacun de ses films, en particulier Sous le sable (2000), 8 femmes (2001), Une nouvelle amie (2014) et Frantz (2016).

Résumé :

A la fin de la Première Guerre Mondiale, un jeune Français se rend à Oldenburg en Allemagne pour se recueillir sur la tombe d'un de ses anciens amis connu à Paris, rencontrer ses parents et sa fiancée. Des liens vont se créer mais dans le mensonge.

Analyse :



Le texte de Maurice Rostand (fils de l'écrivain Edmond Rostand et frère du biologiste Jean Rostand) avait déjà été monté au cinéma par Ernst Lubitsch en 1932 sous le titre de Broken Lullaby. Un Français et un Allemand s'étaient donc entendus, peu après la guerre et au moment où le fascisme naissait en Allemagne, pour défendre la paix au moyen de la littérature et du cinéma. François Ozon a dû être frappé par cette réciprocité qui lui a inspiré, à l'heure des replis identitaires que nous connaissons en Europe, l'utilisation du même texte dans la première partie de son film, et l'ajout, dans la seconde, d'une sorte de retour en miroir. Les déroutants rebondissements du scénario stimulent la curiosité du spectateur. C'est une des principales trouvailles. Alors que le pacifiste Rostand donnait à son œuvre une fin optimiste, Ozon nous laisse, sur un semi-échec, entrevoir ce qui marquera le siècle commencé : la libération féminine.

« Notre souvenir de la guerre est en noir et blanc » dit le réalisateur qui a choisi de filmer ainsi. Toutes les photos de l'époque, les reportages dans les magazines, tout ce qu'on connaît de cette guerre, c'est à travers du noir et blanc. Mais certaines images du film sont en couleur, essentiellement celles des souvenirs heureux qu'ils soient véritables ou factices. Une allusion peut-être à ces cartes postales peintes, représentant de joyeuses jeunes femmes des fleurs dans les bras, chargées de redonner du courage aux soldats sur le front, qui illustreraient alors que le mensonge utile est un des thèmes principaux de ce film.

Le mensonge y est, en effet, un des moteurs de la réconciliation, mensonge avoué à Anna qui en deviendra complice. Le mensonge et l'omission seraient-ils des éléments convenables à une entente paisible entre les personnes, entre les peuples ? Voici une idée provocatrice. Ils sont pourtant souvent utilisés jusque dans des relations de politesse ordinaire. Le réalisateur nous laisse méditer, dans ce film, la question des limites admissibles. 

Nicole Vercueil