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Cinéma

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Fritz Bauer, un héros allemand (Der Staat gegen Fritz Bauer)

(Allemagne – 2015 -1h46)

Réalisation : Lars Kraume - Scénario : Lars Kraume , Olivier Guez - Photo : Jens Harant – Musique : Julian Maas, Christophe Kaiser - Son : Tobias Fleig – Décors : Cora Pretz - Montage : Barbara Gies - Distribution : Arp Sélection
Interprétation : Burghart Klaussner (Fritz Bauer), Ronald Zehrfeld (Karl Angemann), Lilith Stangenberg (Victoria), Sebastian Blomberg (Ulrich Kreidler)
Auteur :

Né en 1973, le réalisateur allemand, avant de réaliser son premier court métrage en 1992, travaille comme assistant de photographes de publicité. C’est en 1994 qu’il apprend le cinéma à l’Académie allemande du Cinéma et de la Télévision à Berlin. Son film de fin d’études, Dunkel, obtient plusieurs prix en Allemagne. Il réalise des films et des séries pour SAT1, dont un thriller psychologique Der Mörder meiner Mutter. Autres films : Viktor Vogel, directeur artistique – Berlin brigade criminelle. 

Résumé :

En 1957, le procureur Fritz Bauer apprend qu’Adolf Eichmann, un des zélés cadres nazis de la « solution finale », se cache à Buenos Aires, et il rêve de l’extrader. Les tribunaux allemands préfèrent tourner la page plutôt que de le soutenir. Fritz Bauer décide alors de faire appel au Mossad, les services secrets israéliens.

Analyse :



Ce film résonne très fortement avec Le labyrinthe du silence, réalisé pratiquement en même temps, en 2015, par Ricardo Ricciarelli. Une critique figure dans la base de données de Pro-Fil et il est recommandé de s’y référer. Notons que le titre allemand de Friztbauer va carrément dans le vif du sujet : Der Staat gegen Fritz Bauer, l’Etat contre Fritz Bauer, faisant du Procureur Général le protagoniste principal du film. On sait que l’action de Fritz Bauer, épaulé par une équipe de jeunes procureurs dévoués, a permis d’organiser en 1963 un procès dit d’Auschwitz, mettant en lumière la mécanique criminelle mise en place par les nazis, avec la collaboration active et passive de l’administration allemande. L’intérêt du film de Lars Kraume est de décrire minutieusement les faits et les initiatives à la fois prudentes (en raison de l’opposition et la surveillance de sympathisants nazis au sein de l’administration d’Adenauer) et audacieuses de Bauer pour faire extrader Eichmann vers l’Allemagne. Sans succès ! Juif et ancien déporté, expatrié au Danemark jusqu’en 1949, il a su gravir les échelons de l’administration judiciaire ouest-allemande et atteindre le niveau le plus élevé. Clairement critique quant à l’affirmation d’Adenauer « Il est temps de tirer un trait et de laisser le passé derrière soi », Bauer a consciemment décidé de faire appel aux services secrets israéliens. « Pour sauver son pays, il faut savoir le trahir » répond-il à son collaborateur direct, qui tente de le mettre en garde. Le film décrit le combat d’un homme intègre et visionnaire qui permettra à l’Allemagne d’assumer peu à peu son passé, mais Brauer est l’objet de menaces et de manœuvres d’intimidation.

La mise en scène est sobre, l’atmosphère a l’allure d’un film d’espionnage dans une lumière souvent glauque et triste. Un personnage a été inventé par le scénario, celui d’Angermann, le bras droit de Brauer, aux tendances homosexuelles, et que les services secrets tentent de faire chanter, afin de faire tomber son chef. Loin d’être anecdotique, le fait de mettre en évidence l’utilisation d’un article du Code Pénal (paragraphe 175) permet de rappeler la répression des dites « déviances » sexuelles par l’Etat nazi, et que cet article était toujours en vigueur en République Fédérale allemande (supprimé en 1994). Le film rend hommage au courage et à la lucidité d’un homme qui a joué un rôle considérable, et largement ignoré, en Allemagne : reconnaître le passé pour éviter de le revivre. 

Alain Le Goanvic