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Cinéma

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Futatsume No Mado (Still the Water)

(France - Japon – 2014 – 1h59)

Réalisation : Kawase Naomi – Scénario : Naomi Kawase – Directeur de la photographie : Yutaka Yamasaki – Musique : Hasiken – Production : Comme des Cinémas – Arte France Cinéma – Kumie – Distributeur France : Haut et Court
Interprétation : Nijirô Murakami (Kaito) – Jun Yoshinaga (Kyoko) – Miyuki Matsuda (Isa) – Makiko Watanabe (Misaki) – Tetta Sugimoto (Tetsu) – Jun Murakami (Atsushi) – Fujio Tokita (Kamejiro)
Auteur :

Orpheline née en 1969 au Japon, Naomi Kawase est d'abord photographe puis réalise des courts métrages Dans ses bras , puis des longs métrages Suzaku (Caméra d'or à Cannes, 1997), Hotaru (Prix CICAE et FIPRESCI), Kaléidoscope, Shara, La Forêt de Mogari (Grand Prix à Cannes, 2007), des documentaires Dans le silence du monde (2001), La danse des souvenirs (2003) et Naissance et maternité (2006), tourne avec la Thaïlande Nanayo (2008), l'Espagne In Between Days (2009) et la Corée du Sud Eo-ddeon bang-moon (2009) et revient à Cannes avec Hanezu, l'esprit des montagnes (2011) et Still the water (2014).

Résumé :

Ce film retrace le récit de deux adolescents sur une île paradisiaque du sud du Japon qui découvrent les vicissitudes de la vie et l'amour au milieu d'une nature tour à tour calme et hostile. Lui, Kaito déstabilisé par le divorce de ses parents ne trouve ses marques ni auprès de son père tatoueur vivant à Tokyo, ni auprès de sa mère serveuse collectionnant les amants. Kyoko, elle, s'interroge sur le sens de la vie au moment où s'achève celle de sa mère, chamane, gravement malade.

Analyse :



Pour Naomi Kawase, le film est né d’un deuil (la disparition de sa mère adoptive) et d’une révélation (son ancrage familial lointain dans une île au sud du Japon nommée Amami, au large d'Okinawa). Il traite de la relation filiale à un moment déterminant de la vie, l'adolescence, tout en montrant la relation essentielle de l'homme avec la nature. La réalisatrice y a abordé ses thèmes fétiches : la mort, le cycle de la vie et la transmission entre générations qui y sont illustrés tout au long du film dans des scènes délicates, lentes et poétiques.

Le scénario y est simple mais l'essentiel se trouve ailleurs : dans le bruissement du vent dans les arbres, dans la fureur de la tempête provoquée par un typhon, dans la contemplation d'un banian de 400 ans ou la découverte d'un milieu naturel la mangrove, dans les folles balades à vélo des deux adolescents, dans les paysages de mer (vagues en furie, fonds sous-marins). Les très grands plans larges des paysages contrastent avec les gros plans sur les personnages destinés à laisser transparaître leurs sentiments.

Sur cette île, les esprits des dieux sont présents et la mère de Kyoko au seuil de sa vie est déjà dans l'au-delà. De très belles scènes accompagnent cette fin de vie : l'une montre la mère de Kyoko se laissant bercer par un chant mélancolique chantée par sa fille ; l'autre se déroulant lors des derniers instants de vie où la mère demande à ses proches de l'accompagner vers l'autre monde par des chants et danses traditionnels lors d'une cérémonie pleine d'attention et de tendresse. Le thème de la transmission de la vie se manifeste à travers deux personnages : l'arbre et son symbolisme et Papy Tortue, le grand-père de Kyoko, l'ancêtre qui transmet sa vision du monde, les rites et qui permettra aux adolescents de répondre aux questions qu'ils se posent sur la vie et la mort.

D'ailleurs, le film se balance entre la vie et la mort : il commence par la mort avec la vision du cadavre d'un homme tatoué rejeté par la mer et l'égorgement d'une chèvre, scène reprise dans le film et se termine sur l'espoir d'une nouvelle vie (la scène d'amour des deux adolescents dans la mangrove).

Pour la réalisatrice « le cinéma c'est la faculté à rendre compte du réel et à montrer la capacité des personnages à fusionner avec le monde qui les entoure ». Cette réalité est très présente sur l'île.

(Marie-Christine Griffon)