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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Gemma Bovery

(France 2014, 1h39)

Réalisation : Fontaine Anne - scénaristes; Anne Fontaine et Pascal Bonitzer ; directeur de la photographie, Christophe Beaucarne ; décors, Arnaud de Moléron ; montage, Annette Dutertre ; distribution France, Gaumont.
Interprétation : Gemma Arterton (Gemma), Jason Flemyng (Charles Bovery), Mel Raido (Patrick), Niels Schneider (Hervé de Bressigny), Edith Scob (sa mère), Fabrice Luchini (Martin Joubert), Isabelle Candelier (son épouse)
Auteur :

Anne Fontaine, cinéaste franco-luxembourgeoise née en 1959, s'est formée à la danse qui en a fait une actrice de cinéma. Elle passe à la mise en scène de théâtre avec Luchini (1986), puis à la réalisation : une douzaine de longs-métrages à partir de 1992 (Les Histoires d'amour finissent mal... en général). Scénariste de tous ses films, elle a connu de nombreux succès, soit en comédie (Mon pire cauchemar, 2011), soit en dramatiques (Entre ses mains, 2005 ; Coco avant Channel, 2009).

Résumé :

Ancien d'une maison d'édition, Martin Joubert de retour au village a repris la boulangerie de son père. Les noms et prénoms de nouveaux voisins arrivés d'Angleterre, Gemma et Charles Bovery, jettent cet adorateur de Flaubert dans un délire érotico-littéraire que les aventures de Gemma, rappelant celles de madame Bovary, ne font qu'exciter davantage...

Analyse :



Une jeune femme charmante et vivante, un gentil mari rêveur à la remorque, un jeune godelureau irrésistible tout comme l'ex réapparu soudain, et le regard ahuri du boulanger d'en face qui ne peut détacher ses yeux de la belle plante : voici les principaux ingrédients de ce qui pourrait n'être qu'un roman-photo, auquel une souris de cuisine vient apporter un germe d'angoisse sous les espèces d'un gros paquet de mort-aux-rats dont le boulanger souligne fébrilement le danger mortel. Tout le sel du film tient dans ses rapports multi-couches avec le roman de Gustave Flaubert, à commencer par cette Normandie d'où était issu l'écrivain, où il avait situé Yonville, et qui sert de – fort beau – décor à Gemma Bovery. Certes, on aura du mal à retrouver la subtile peinture psychologique et sociale qui a fait du roman un monument culturel : c'est au niveau des faits divers que les deux œuvres, livre et film, se rejoignent, tandis que le style narratif devient celui du vaudeville avec force entrées, sorties et coups d'œil par les fenêtres. Mais la passion pour Flaubert du boulanger, qui retrouve goût à la vie au spectacle de Gemma et revit à travers elle les épisodes amoureux et dramatiques de madame Bovary, ajoute un autre niveau d'intrigue à ce jeu de pistes : dans ces ressemblances que décèle Martin, lesquelles sont authentiques, et lesquelles le fruit de son délire ? Le venenum in cauda par lequel s'achève le film (Anna Karénine vient racheter la maison d'Emma Bovary !) remet les pendules à l'heure, peut-être un peu lourdement. Un film amusant, où l'on apprécie de voir l'habituelle suffisance de Fabrice Lucchini remplacée par un air abruti dans lequel il excelle également. Sans oublier, parmi les gags pour initiés, le choix d'une profession pour Martin Joubert, remplaçant ici le pharmacien Homais du roman, qui rappelle le nom du séducteur d'Emma, Rodolphe Boulanger ! Tout un programme pour notre héros....

Jacques Vercueil