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Cinéma

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Geronimo

(France - 2014 – 1h44)

Réalisation : Gatlif Tony - Scénario : Tony Gatlif - Compositeurs : Valentin Dahmani, Tony Gatlif, Delphine Mantoulet - Décor : Tony Gatlif - Image : Patrick Ghiringhelli - Montage : Monique Dartonne - Distribution France : Les Films du Losange
Interprétation : Céline Sallette (Geronimo) ; Rachid Yous (Fazil) ; David Murgia (Lucky) ; Nailia Harzoune (Nil)
Auteur :

Après une enfance à Alger (son père est Kabyle), Tony Gatlif arrive en France dans les années 1960, années difficiles où il connaît plusieurs passages en maison de redressement. Sa rencontre fortuite avec Michel Simon le propulse sur les scènes de théâtre puis au cinéma. Son second film, La Terre au ventre (1978) se passe pendant la guerre d’Algérie. Il a ensuite réalisé une trilogie sur le peuple Rom Les princes (1983), Latcho Drom et Gadjo Dilo (1998).

Résumé :

Geronimo, une jeune femme d’environ 30 ans, vit dans une cité de banlieue où elle est éducatrice. Les enfants la respectent, mais, une fois devenus adultes, suivent la pente des trafics de toutes sortes. Lorsqu’une jeune turque, mariée de force, s’enfuit avec un gitan le jour de ses noces, les communautés s’enflamment.

Analyse :



Le long plan séquence qui débute le film suit la course éperdue de la jeune Nil retenant aux genoux le bas de sa robe de mariée sur un trottoir désert bordé des murs tagués d’une usine désaffectée. Puis les plans se poursuivent en alternance hachée entre celui sur la fuite de Nil et l’image de Lucky fonçant à tombeau ouvert en moto pour suggérer une poursuite. Cette entrée en matière magistrale à la manière d’Hitchcock est vite abandonnée pour une cour d’immeubles de tristes banlieues aux enfants déboussolés mais soutenus d’une main ferme et amicale par leur éducatrice Geronimo. A la manière d’un documentaire ? Pas vraiment.

Le film est surtout un prétexte pour parler d’un thème cher à Gatlif, né d’une mère gitane : les Roms, leur fraternité, leurs danses, leurs musiques. Il s’inspire de West Side Story de Robert Wise pour filmer les bandes rivales de Turcs et de Gitans qui défendent leurs domaines dans des friches industrielles. La poésie émerge alors de ces affrontements par chants et danses de jeunes coqs, hip hop et chants traditionnels mais remis au goût du jour au moyen de percussions sur des objets improvisés, le corps y compris. Danses de rues et rap alternent avec des flamencos dans une mise en scène d’une spontanéité bien éloignée de West Side Story, et qui est la concession de Gatlif à un certain réalisme. Car cette musique farouche remplace dans le film les scènes de violence qui ne sont pas explicitées. Quelques couteaux font leur apparition mais presque uniquement dans le cadre de la chorégraphie. Les décors restent sombres en intérieur ou tagués (graffitis de Gatlif lui-même) dans les rues.

Le décalage entre les face-à-face violents représentés par une métaphore musicale et le réalisme affiché dans les scènes où figure Geronimo essayant de rétablir une certaine compréhension entre les communautés, est un peu déstabilisant pour le spectateur, d’autant plus que le scénario contient quelques maladresses comme la visite incompréhensible de Fazil, frère de Nil, dans une église, un regard appuyé vers une madone en plâtre peint, ou certaines crises brutales déjouées par quelques mots prononcés en litanie par Geronimo.

Le film veut aussi dénoncer mariages forcés et crimes d’honneur mais la violence latente dans la cité est prête à s’exacerber pour le moindre sujet, et la fuite du jeune couple ne semble qu’un prétexte à l’explosion.

Le thème de Roméo et Juliette est connu depuis le XVème siècle, il a fallu attendre encore de nombreuses années en Europe pour qu’au début du XIXème on accepte que les deux parties prenantes du mariage aient enfin leur mot à dire. Gatlif apporte, dans le film, quelques pas (de danse) dans la direction de la liberté des femmes comme dans celle de la connaissance du peuple gitan.

Nicole Vercueil