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Cinéma

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Girafada

(France/Palestine – 2013 – 1h25)

Réalisation : Rani Massalha – Scénario : Rani Massalha, Xavier Nemo – Photographie : Manuel Teran – Montage : Carlotta Cristiani – Son : Christoph Schilling – Musique : Benjamin Grospiron - Production : Mact Productions – Distribution France : Pyramide Distribution
Interprétation : Saleh Bakri, Roschdy Zem, Laure de Clermont, Amad Bayatra, Mohamed Bakri
Auteur :

Rani Massalah a fait des études de commerce et de sciences politiques à Boston et à Paris. A l'âge de 26 ans, il se tourne vers le cinéma en Égypte, dans la cellule de production de Youssef CHAHINE où il est assistant de production. Il collabore notamment avec le réalisateur algérien Rachid BOUCHAREB pour son film Hors la loi. Après d'autres expériences auprès de cinéastes français, il réalise son premier court métrage, Elvis de Nazareth, sélectionné dans de nombreux festivals à travers le monde, qui obtient le Prix du Jury Unifrance à Cannes en 2012. Girafada est son premier long métrage.

Résumé :

Yacine est vétérinaire dans le dernier zoo de Palestine. Son fils Ziad, 10 ans, passe beaucoup de temps avec les animaux et a un lien particulier avec les deux girafes du zoo. Il semble même être le seul à pouvoir communiquer avec elles. . Une nuit, après un raid aérien sur la ville, le mâle meurt. La femelle ne peut pas vivre seule et se laisse doucement mourir. Yacine doit de toute urgence lui trouver un nouveau compagnon. Mais le seul zoo qui pourrait l’aider se trouve à Tel-Aviv…

Analyse :



Le titre, Girafada, contraction de girafe et d’intifada, nous annonce déjà l’essentiel. Cette mini intrigue qui semble de prime abord surtout destinée à des enfants, se déroule dans un contexte beaucoup moins enfantin : les territoires occupés, avec ce que cela entraîne de check points à franchir, de couvre-feu sévère, de vexations quotidiennes, d’intifada plus ou moins affirmée. Et cela ne tourne jamais au carnaval, même lors du transfert clandestin d’une girafe de Tel’Aviv, pour tenter de sauver celle de Palestine. Si, à la fin du film, l’on peut espérer la survie des deux girafes, il n’y aura pas de happy end par ailleurs : le père sera mis en prison…. La violence qu’entraîne l’occupation n’est jamais montrée directement mais toujours présente hors-champ.

Le projet de ce film est né au début des années 2000. Le zoo dont il est question existe vraiment et date de la fin des années 80. Il se trouve à Qalqilyia, au nord ouest de la Cisjordanie, à 13 kms de la mer. Mais les enfants de Cisjordanie n’ont pas accès à la mer. Et le zoo est pratiquement la seule chose qui corresponde à leur vie d’enfants. Girafada traite donc de la question de l’enfance dans les territoires palestiniens occupés.

Ce film se situe dans le courant actuel du cinéma palestinien. Après une longue période militante qui avait pour objet de montrer au monde ce qu’il en était de l’occupation et de la colonisation de la Cisjordanie et avait donc une portée surtout informative et documentaire, la jeune génération des réalisateurs palestiniens se tourne vers des films « locaux » mais à portée universelle. « Locaux » au sens où le contexte de l’occupation n’est pas occulté mais n’est pas non plus le centre de l’intrigue, bien qu’il intervienne fréquemment dans la détermination des événements du récit. Girafada est donc plutôt une fable, une fable sur l’amitié entre un enfant et un animal et sur les relations père-fils, thèmes plus universels. La girafe est symbolique : sa hauteur et le recul qu’elle a par rapport au sol… son cou toujours droit…. Ce qui nous vaut une image frappante lorsque trois hommes prosternés pour la prière relèvent la tête et voient… passer la girafe. Allah est grand mais la girafe aussi…. D’autres images ou événements sont aussi symboliques : l’enfermement des animaux du zoo renvoie à l’enfermement des palestiniens dans leur propre territoire, la girafe enceinte qui se laisse mourir rappelle la mère de Zyad morte en couches…. Les acteurs sont très crédibles dans les personnages qu’ils incarnent, y compris pour les seconds rôles. . Voilà un bon film à voir en famille.

Maguy Chailley