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Cinéma

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Grand Central

(France-2013-1h35)

Réalisation : Rebecca Zlotowski – Scénario et dialogues: R. Zlotowski, Gaëlle Mace- Photo: Georges Lechaptois – Décors : Antoine Plateau – Montage : Julien Lacheray – Son : C. Deloche, G. Le Borgne, A. Place, M. Doisne-– Distribution : Ad Vitam
Interprétation : Tahar Rahim (Gary), Léa Seydoux (Karole), Olivier Gourmet (Gilles), Denis Menochet (Toni), Nozha Libereau (Maria), Camille Lellouche (Géraldine)
Auteur :

De nationalité française, Rebecca Zlotowski est née en 1980. Agrégée de lettres modernes, elle entre en 2003 à la Fémis dans la section scénario. Elle réalise son projet de fin d’étude, qui deviendra son premier long métrage Belle Epine (2010), qui obtient le Prix Louis Delluc du meilleur premier film. Grand Central, son deuxième long métrage, est sélectionné au Festival de Cannes 2013 dans la section « Un Certain Regard ».

Résumé :

Gary, jeune, ne laisse pas marcher sur les pieds. Il cherche du travail. De petits boulots en petits boulots, sans diplôme, il est finalement embauché dans une centrale nucléaire. Là, au plus près des réacteurs, où les doses radioactives sont les plus fortes, il trouve enfin un emploi, une équipe, une famille. Il rencontre Toni, et surtout Karole, sa femme, dont il tombe amoureux. Le dur apprentissage de la vie commence.

Analyse :



Réalisme et poésie, dureté d’un travail à risques et romantisme amoureux : depuis longtemps, on n’avait vu un tel subtil mélange au cinéma. Les acteurs sont impeccables et convaincants : Gary candide stagiaire, Toni plus âgé et plein de bonhommie, Gilles chef d’équipe fort en gueule mais dévoué à ses jeunes embauchés, Karole blonde solaire et allumeuse mélancolique. L’ambiance à la Centrale du Tricastin est pesante, car il n’est question que de sécurité, de contrôle de la radioactivité. En ce lieu dominent les gestes codifiés, les combinaisons de protection, les rapports rudes entre les hommes. Techniquement, le film est maîtrisé : mouvements de caméra (le plus souvent à l’épaule) qui suivent les personnages, les cadrent, les scrutent – les sons des lieux, surtout au cœur de la centrale, sont soulignés par des partitions de musique de chambre, et des sonorités brutes. Mais le plus fort du film, c’est la présence de la Nature à l’ombre des grands cheminées de refroidissement, étangs, champs de blé, bosquets fleuris où vont s’aimer Gary et Karole. Contraste troublant, qui laisse le spectateur captivé par la beauté des arbres et des corps, mais sans transition celui-ci est agressé par le monde du Grand Central, Leviathan moderne. Film audacieux, en même temps, qui ose aborder dans une fiction les problèmes que pose la gestion quotidienne des 19 centrales françaises. Gary sera irradié par imprudence, Gilles risque aussi de perdre sa place dans l’accident. Quant à Toni, on apprend qu’il est devenu stérile suite à un incident grave, ce qui explique le comportement de Karole, qui jettera son dévolu sur Gary, pour qu’il lui fasse un enfant. Et cet enfant, elle voudra l’offrir à son mari ! Gary perd son emploi, et comprendra la manipulation de Karole, ambiguë dans sa relation amoureuse. Dernier plan du film : deux êtres désemparés qui s’étreignent, derrière eux : les grandes tours de l’enfer qui les ont broyés.

Alain Le Goanvic