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Cinéma

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Grigris

(Tchad – 2012 – 1h42)

Réalisation : Mahamat-Saleh Haroun (Réalisation, scénario et dialogues) – Photo : Antoine Heberle – Musique : Wasis Diop – Montage :Marie-Hélène Dozo – Son : André Rigaut – Production : PILI Films – Distribution : Les Films du Losange.
Interprétation : Souleymane Démé, Anaïs Monory, Cyril Guei, Marius Yelolo, Hadjé Fatimé N’Goua, Abakar M’Bairo, Youssouf Djaoro, Ramadji Adèle Ngaradoumbaye… et les femmes de l’association des Femmes du village de Mailao.
Auteur :

Mahamat-Saleh Haroum, né en 1960 à Abéché (Tchad), a fait ses études de cinéma à Paris au Conservatoire libre du cinéma français et s’est formé au journalisme à Bordeaux. Avec son premier long-métrage, Bye bye Africa, en 1999, il devient le premier réalisateur tchadien de l’histoire. Suivront Abouna (2002), Daratt saison sèche, (2007), Un homme qui crie (2010), qui obtiendra le prix du jury à Cannes. Ces deux derniers films sont marqués par les souvenirs du conflit tchado-lybien et par la guerre civile. BGrigris a été présenté à Cannes, en 2013, dans la sélection officielle.

Résumé :

Alors que sa jambe paralysée devrait l’exclure de tout, Grigris, 25 ans, se rêve en danseur. Mais son rêve se brise lorsque son oncle tombe gravement malade. Pour le sauver il décide de travailler pour des trafiquants d’essence.

Analyse :



La passion de Souleimane, alias Grigris, pour la danse, malgré sa jambe paralysée, le fait se produire tous les soirs dans un bar de la ville avec un certain succès. Ce qui est beaucoup plus gratifiant pour lui que son travail de la journée : aider son beau-père photographe. Et c’est là qu’il fait la connaissance de Mimi, jeune prostituée ravissante qui vient se faire photographier dans l’espoir d’être recrutée comme mannequin. Il en tombe amoureux. A priori rien ne devrait rapprocher ces deux personnages (dont la relation fait penser à « un ver de terre amoureux d’une étoile »). Mais Mimi n’est pas insensible à la gentillesse de Grigris, qui contraste sans doute avec le comportement de ses clients habituels. Tous les deux sont, à leur manière, marginaux : lui par son physique et son infirmité, elle par son origine métisse qui la condamne à la prostitution.

Lorsque, pour aider son beau-père tombé malade, Grigris se laisse entrainer dans une affaire malhonnête, il va être obligé de fuir la vindicte de ceux qu’il a cherché à rouler. Avec Mimi il quitte la ville et se réfugie dans un village où d’autres femmes sont venues chercher aussi la paix. Cette assemblée de femmes courageuses le sauvera de ses poursuivants. Le récit, et son issue, n’est donc pas désespéré : il témoigne de l’efficacité de la solidarité entre réprouvés, même si la fin semble idéale comme dans un conte. Mais ce qui est le plus admirable dans ce film c’est toute la première partie qui nous montre Grisgris sublimant son infirmité dans ses danses de contorsion. Des gros plans de son visage nous aident à le voir autrement que comme un corps souffrant. La réussite du film est là. Elle est aussi dans toute cette longue première partie en ville, souvent filmée de nuit où apparaissent des nuances variées de noir et des fulgurances de lumière tout à fait étonnantes.

Maguy Chailley