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Cinéma

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Heli

(Mexique, France, Allemagne, Pays-Bas 2013, 1h45)

Réalisation : Amat Escalante Escalante - Scénario Amat Escalante et Gabriel Reyes – Image : Lorenzo Hagerman - Décors Daniela Schneider - Montage Natalia Lopez - Distribution France : Le Pacte.
Interprétation : Armando Espitia (Heli), Andrea Vergara (Estela), Juan Eduardo Palacios (Beto)
Auteur :

Mexicain né par hasard à Barcelone (1979), Amat Escalante y revint étudier le cinéma, et poursuivit à La Havane. Après un court métrage (Amarrados, primé à Berlin 2003), il fut pour Bataille dans le ciel (2005) l’assistant de Carlos Reygadas dont l’amitié l’aida par la suite. Son premier long métrage Sangre fut projeté à Cannes (Un certain regard, 2005). Les suivants furent Los Bastardos (2008) puis Héli (2013) qui reçut à Cannes le Prix de la mise en scène.

Résumé :

Estela, 12 ans, jeune sœur de Heli, et Beto, 17 ans, sont amoureux. Beto, récemment entré dans la police, s’empare de deux des pains de drogue d’une saisie que des policiers corrompus ont détournée. La vengeance des narcotrafiquants sur Heli et sa famille est atroce et faite pour terroriser.

Analyse :



Ce qui caractérise ce film, c’est l’affichage explicite de scènes de violence à un degré auquel nous ne sommes pas (encore ?) habitués. Par exemple, les séances d’entraînement de la police mexicaine sont représentées comme des sommets de sadisme et d’avilissement. Mais les images les plus insupportables sont celles des tortures exercées par un groupe de jeunes gens sur Heli tandis qu’à leur côté des enfants indifférents jouent à la wii et que, par la porte ouverte de la cuisine, on aperçoit une femme s’affairer sans se laisser distraire. La violence apparaît ainsi comme un élément ‘naturel’ dans la vie de ces familles de trafiquants : les enfants sont formés par l’exemple à leur future ‘profession’, les mères trouvent acceptables les ‘débouchés’ qui s’offrent à eux. C’est la vie !

Ce qui nous pose brutalement une question terrible. Sommes-nous, dans nos cocons, si loin d’une telle situation ? Que se passe-t-il dans ces cités de nos mégalopoles où les policiers ne peuvent même plus pénétrer ? Ces zones hors-la-loi existent en France, des enfants y sont élevés sur la base de valeurs inacceptables, en même temps que d’autres tentent d’y faire des études malgré les handicaps et les pressions, d’autres encore de rechercher, souvent en vain, un emploi sérieux. Mais on a pu dire de Marseille que la drogue était le premier employeur de la ville… Fermer les yeux sur de telles situations serait condamner des générations d’enfants à ce bourbier dont on ne pourrait plus arrêter la croissance.

La colère du réalisateur nous concerne. La gangrène mafieuse n’est pas une spécialité du Mexique - on se souvient de Gomorra de Garrone, d'après l'ouvrage de Saviano dénonçant la société 'camoriste' de Naples, ou même des Etats-Unis aux temps de la prohibition. Mais la méthode Escalante est-elle la bonne ? Il cherche à nous écoeurer par l’étalage (que l'on peut trouver complaisant) d’une violence et d’une cruauté insupportables. Il s’en défend en affirmant qu’il ne fait que filmer à la manière des reportages télévisés mexicains qui ne laissent aucun détail morbide échapper aux spectateurs. Cependant nombreux ont été les festivaliers de Cannes à sortir de la salle avant la fin de la projection tant les images étaient perturbantes. Quelle est alors la portée du message ? Rithy Panh, par son film L’image manquante relatant les horreurs perpétrées par le régime khmer rouge, a démontré qu’il était possible de filmer autrement et de toucher plus sûrement et plus profondément que par le choc frontal des images.

Nicole et Jacques Vercueil