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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Hippocrate

(France -2014-102mn)

Réalisation : Lilti Thomas - Scénario : Thomas Lilti - Photo : Nicolas Gaurin - Son : Raphaël Sohier - Montage : Christel Dewynter - Production : 31 juin films et France 2 cinéma - Distribution : Le Pacte
Interprétation : Vincent Lacoste (Benjamin), Reda Kateb (Abdel), Jacques Gamblin (le Professeur Barois), Marianne Denicourt (Docteur Denormandy)
Auteur :

Agé de 38 ans, le réalisateur mène de front avec passion deux métiers d’équipe, une carrière de cinéaste et de médecin généraliste. Il présente à Montréal après 3 courts métrages son 1er long, Les yeux bandés, en 2007. Hippocrate est le second, partiellement autobiographique, qui a reçu le Valois d’or au 7ème festival d’Angoulême et a fait la clôture de la Semaine de la Critique à Cannes cette année.

Résumé :

Benjamin va devenir un grand médecin, il en est certain. Mais pour son premier stage d’interne dans le service de son père, rien ne se passe comme prévu. La pratique se révèle plus rude que la théorie. La responsabilité est écrasante, son père est aux abonnés absents et son co-interne, Abdel, est un médecin étranger plus expérimenté que lui. Benjamin va être confronté brutalement à ses limites, à ses peurs, et à celles de ses patients, des familles, des médecins, et du personnel. Son initiation commence.

Analyse :



La réussite d’Hippocrate, au delà du titre qui braque le projecteur sur le sujet principal -l’éthique médicale-, est d’avoir su, de façon fluide et non platement pédagogique, aborder, à travers l’histoire d’un jeune interne, Benjamin –naïf mais authentique Vincent Lacoste- qui fait son premier stage dans le service de son patron de père -très convaincant Jacques Gamblin- les principaux thèmes de controverses, de questionnements voire d’indignation qui agitent le monde soignant aujourd’hui, sans basculer, ce qui aurait été facile, dans le pamphlet. Tour à tour on mesure, grâce à un scénario parfaitement écrit et un enchaînement de séquences souplement articulées, la dérive rentabiliste de l’idéologie institutionnelle hospitalière également combattue par les médecins et les infirmières ; l’ivresse de toute puissance de la médecine techno-scientifique à qui il arrive d’oublier la personne du patient et sa souffrance ; la question si difficile de l’approche du grand âge et de la fin de vie ; la hantise et l’angoisse pour les soignants de l’erreur médicale. Ce parcours initiatique de Benjamin est accompagné par un aîné maghrébin, Abdel –très sensible et très juste Reda Kateb-, dont l’inégalité de condition au sein de l’hôpital, à laquelle Lilti avait été particulièrement sensible pendant sa formation, est soulignée. Le réalisateur braque le projecteur sur le poids de responsabilité que portent ces jeunes médecins hospitaliers qui, une fois investis de tâches diagnostiques et thérapeutiques, vivent plus tôt que leurs contemporains la fin de l’insouciance. Enraciné dans la réalité hospitalière avec une observation méticuleuse des détails et une justesse de ton de tous les instants, ce film n’est cependant pas un documentaire et revendique à plusieurs reprises, et notamment dans sa séquence finale échevelée et presque caricaturale, sa liberté fictionnelle.

Jean-Michel Zucker