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Cinéma

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Histoire de Judas

(Algérie/France –2015- 1h40)

Réalisation : - Scénario : Rabah Ameur-Zaimeche – Dir. Photo : Irina Lubtchansky – Montage : Grégoire Pontecaille – Décors : Tony Delattre – Son : Bruno Auzet - Musique : Elise Caron, Nabila Mokkedem, Rodolphe Burger - Distribution : Potemkine Films Nabil Djedouani (Jésus), Mohamed Aroussi (Carrabas), R. Ameur-Zäimeche (Judas), Bethsabée (Marie Loustalot), Régis Laroche (Ponce Pilate), Xavier Mussel (Ménénius), Nouari Nezar (Caïphe)
Interprétation :
Auteur :

Le réalisateur en est à son cinquième long-métrage. Sa liberté de ton et son approche originale du récit étaient perceptibles dès Wes wesh qu’est-ce qui se passe (2002- Prix Louis Delluc du meilleur premier film), puis Bled Number One (2006 - Un Certain Regard, Prix de la Jeunesse Cannes). Dernier maquis (2009) fut présenté à La Quinzaine des Réalisateurs, et Les chants de Mandrin à Locarno en 2011. Histoire de Judas a reçu le Prix du Jury Œcuménique à Berlin en 2015.

Résumé :

Après sa longue ascèse de quarante jours, Jésus rejoint les membres de sa communauté, soutenu par son disciple et intendant, Judas. Son enseignement étonne les foules et attire l’attention des zélotes (opposants aux Romains), des grands prêtres et surtout de l’autorité romaine. Quand il chasse les marchands du Temple, Judas se révèle être le gardien des paroles du Maître.

Analyse :



Le réalisateur nous livre une vision très personnelle de Jésus, qu’il nous montre comme un personnage humain, dans la vie quotidienne, dans ses relations avec sa communauté et par l’ascendant qu’il exerce sur les gens grâce à sa connaissance parfaite des Ecritures. Mais, il s’agit ici d’opérer la réhabilitation de Judas : non, ce n’est pas celui qui a livré Jésus aux grands prêtres comme l’affirment les Evangiles et les Actes des apôtres. « Trop longtemps, Judas a été la figure emblématique de l’antisémitisme », affirme le réalisateur. Approche dont l’objectif est louable ! Et logique avec sa thèse, il met en scène la destruction systématique des notes prises par un scribe, un Essénien, lors des apparitions publiques du Christ, destruction menée par le fidèle Judas, qui croit être en phase avec Jésus sur ce point. Evidemment l’approche du cinéaste est tout-à-fait originale et a capté l’intérêt du jury oecuménique. En voici le commentaire : « Cette histoire de la Passion incite les spectateurs à regarder au-delà des préjugés et à essayer de comprendre la vie et le message de Jésus. Avec une conscience aiguë des événements de la politique mondiale, ce film souligne fortement la nécessité d'écouter les histoires des laissés pour compte. » Etonnante affirmation, qui se veut en relation avec les évènements tragiques du monde ? Cela consiste à survaloriser un film qui n’est qu’une proposition, issue de l’admiration adolescente du cinéaste pour Jésus. Ici Jésus n’est pas le Christ, sa dimension divine est occultée. Et d’un revers de main, Ameur-Zaïmeche élimine l’importance des écrits sacrés sur la Mission du Christ sur terre. Les Evangiles ne seraient-ils qu’une manipulation littéraire pour nous tromper ? Non, bien sûr, ce film subversif est d’une désarmante simplicité. Quant au style du récit, l’impression qu’il donne, réalisé avec peu de moyens, est celle d’une sorte de brouillon, d’une esquisse d’histoire. Les paysages sont magnifiques, le physique des personnages s’inspire de la peinture (Caravage, Rembrandt). Ponce Pilate, filmé dans l’uniforme de centurion, ne manque pas de grandeur, ni même de sensibilité (il pleure devant la nécessaire décision de faire exécuter Jésus). Mais le scénario manque de cohérence, en particulier à la fin. On le voit, ce film mériterait un débat.

Alain Le Goanvic