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Cinéma

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I Am Not Your Negro

(USA-France - 2016 - 95 minutes)

Réalisation : Raoul Peck - Scénario : James Baldwin - Montage : Alexandra Strauss - Distribution France : Sophie Dulac Distribution - Voix off : Joey Starr
Interprétation :
Auteur :

Raoul Peck est un réalisateur haïtien. Il fait des études en France et en Allemagne où il entre à l’Académie du film de Berlin. Il est l’auteur de nombreux courts métrages et documentaires, dont L’école du pouvoir (2008) et Lumumba (200). I Am Not Your Negro (2016) a remporté de nombreux prix dont le Prix du Meilleur documentaire à Philadelphie et le Prix du Public à Berlin (Mention spéciale du Jury œcuménique).

Résumé :

En juin 1979, l'auteur noir américain James Baldwin prépare un livre sur la vie et les assassinats de ses amis Martin Luther King, Medgar Evers et Malcolm X. En 1987, l'écrivain disparaît en laissant un manuscrit de trente pages, Remember this House, que son exécuteur testamentaire confie plus tard à Raoul Peck. Le cinéaste se penche sur les années sanglantes de lutte pour les droits civiques, et sur la recrudescence actuelle de la violence envers les noirs américains...  

Analyse :



Ce magnifique documentaire nous présente une réflexion profonde de James Baldwin non pas tant sur le racisme que sur les causes du racisme ; avec un regard impitoyable il se livre à une étude sociologique et psychologique de la société blanche américaine dont il décortique les ressorts, les craintes, les frustrations et l’inquiétude de soi. Sa vision n’est ni celle de la haine ni celle de la violence, mais son propos est pessimiste car il ne voit pas dans cette société américaine l'élément de bonne santé mentale qui lui permettrait de considérer le noir non comme un noir mais comme un homme de la même chair, du même sang et des mêmes os qu'elle, comme un citoyen qui est en Amérique dans son propre pays car il a contribué à faire de lui ce qu’il est devenu. La société américaine blanche, tentée par le repli sur soi, porte en elle les causes de la violence et de l’exclusion. Le mode de vie des blancs américains, faussé par un consumérisme exacerbé, témoigne d’une « pauvreté émotionnelle abyssale » ; leur immaturité nourrie par de perpétuelles repentances, leur naïveté, leur infantilisme, leur puérilité empêchent un examen de conscience qui serait douloureux mais nécessaire, favorisent l’indifférence de la majorité de la classe blanche aux conditions d’existence des noirs, à leur existence même qu’ils refusent de voir. Il n’y a pas qu’absence de regard ; il y a aussi la place assignée aux noirs dans l’inconscient collectif qui aboutit à minimiser de manière insidieuse l’oppression dont ils sont victimes. Raoul Peck, par un montage astucieux, montre comment le cinéma d’Hollywood a largement contribué à cette vision de la place du noir dans la société.

Pour illustrer le pessimisme et la colère de James Baldwin, ce documentaire diffuse des images insupportables mais nécessaires de lynchés, de suppliciés noirs par une foule de blancs hystériques, et vociférant au nom .... au nom de quoi au fait ! De leur incommensurable bêtise, de leur inculture, de leur haine ? Au nom de quelle idéologie, quelle religion, quelle croyance qui pourraient justifier de telles ignominies ? Magnifique et poignant ce film nous parle également du présent. Une belle leçon à méditer.

Marie-Jeanne Campana