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Cinéma

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Il est difficile d'être un dieu (Troudno byt bogom)

(Russie – 2013 - 2h50)

Réalisation : Guerman Alexeï - Scénario : Alexeï Guerman et Svetlana Karmalita (d’après le roman de science-fiction d’Arcadi et Boris Strugatsky) - Image : Vladimir Ilyin, Yuri Klimenko - Montage : Irina Gorokhovkaya - Musique : V.Lebedev - Costumes : Ekaterina Shapkaitz - Maquillage : Olga Izevekova - Producteurs : Marina Dovladbegyan, Viktor Izvekov - Production : Studio Sever - Distribution France : Capricci Films
Interprétation : Leonid Yarmolik (Don Rumata), Aleksandr Chutko (Don Reba), Yuriy Tsurilo (Don Pampa), Evgeniy Gerchakov (Budakh), Natalia Moteva (Ari).
Auteur :

Né en 1938, Alexeï Guerman, réalisateur soviétique puis russe, s’est d’abord tourné vers le théâtre avant de travailler avec Lenfilm. Les premiers de ses six films, des années soixante-dix, n’ont été montrés au public qu'à la Perestroïka, à partir de 1984 : la Vérification, Vingt jours sans guerre, Mon ami Ivan Lapchine. En 1989, Khroustaliov, ma voiture est en compétition à Cannes. Guerman est décédé en 2013 avant d’avoir fini le tournage d’Il est difficile d’être un dieu, qui a été achevé par son épouse et son fils.

Résumé :

Sur la planète Arkanar, semblable à la Terre au Moyen âge, sévit un tyran qui a fait écraser des tentatives de Renaissance, les « raisonneurs » ayant été tués par l’armée des Gris. Don Rumata, qui serait d’origine royale ou divine, recherche l’un des raisonneurs.

Analyse :



Pendant près de trois heures, après qu’une voix off a situé laconiquement les lieux et les circonstances, le spectateur est invité, dans la brume et la pluie, à patauger avec les personnages, souvent enchaînés, dans la boue, la fange et le purin, la puanteur seule n’arrivant pas jusqu’à lui, tandis que s’agitent sur l’écran des êtres frustes en armures, des visages ingrats ou débiles, des suppliciés ou … des poules. Ce sixième et dernier film d’Alexis Guerman, en noir et blanc comme toute sa filmographie, témoigne avant tout d’une des facettes de l’âme russe : la démesure. On ne peut s’empêcher d’imaginer la galère qu’a dû représenter le tournage pour les acteurs et les techniciens ! Mais ce film, un délire sur la tyrannie et les supplices, souffre du fait que le propos essentiel du cinéaste est littéralement noyé dans l’accessoire. Cela a pour résultat de ne susciter aucune émotion chez le spectateur qui reste à la fois interloqué et indifférent face aux tueries et autres scènes laides, souvent incompréhensibles. Les fameux « regards-caméras » (gros plans sur des acteurs fixant exprès la caméra) s’accumulent sans convaincre, tout comme les nombreux objets – morceaux de bois, cordes, appareils de torture, etc. - qui passent régulièrement devant l’objectif. Si l’esthétique de Guerman a pu être dénoncée par la censure à l’époque soviétique comme non conforme, elle n’apparaît pas ici particulièrement intéressante et l’on est loin de Metropolis (Fritz Lang,1926 ), loin du Tsar de Pavel Lounguine (2009).

Françoise Wilkowski-Dehove