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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Imitation Game

(U.S.A./G.B. – 2015 – 1h55)

Réalisation : Tyldum Morten - Scénario : Graham Moore d’après une œuvre de Andrew Hodges - Montage : William Goldenberg - Musique : Alexandre Desplat - Photographie : Oscar Faura - Décors : Maria Djurkovic - Distribution France : StudioCanal
Interprétation : Benedict Cumberbatch (Alan Turing), Keira Knightley (Joan Clarke), Matthew Goode (Hugh Alexander)
Auteur :

Morten Tyldum est un réalisateur norvégien qui a fait ses études à l’Ecole des Arts Visuels de New York. Son premier long métrage, Buddy, sort en 2003 et connaît un certain succès, Imitation Game est son cinquième film.

Résumé :

Biographie à peine romancée d’Alan Turing, le mathématicien du milieu du siècle dernier responsable du bouleversement radical de la société actuelle : il est le concepteur de l’ancêtre de nos ordinateurs.

Analyse :



De la vie d’Alan Turing, le film n’évoque essentiellement que deux parties : la période du début de la Seconde Guerre Mondiale où il est recruté par la Government Code and Cypher School anglaise pour décrypter la machine allemande Enigma qui code les communications de la marine nazie, et celle des années 51 et 52 où, enseignant à l’université de Manchester, il tombe sous le coup des lois anglaises contre l’homosexualité et se trouve aussi suspecté, à cause de son orientation sexuelle, d’intelligence avec l’Union Soviétique. La Reine le graciera à titre posthume le 24 décembre 2013.

L’intérêt du film est maintenu par des passages fréquents d’une époque à l’autre, et par quelques flashes back sur le temps du lycée où il était le souffre-douleur de ses camarades (ce qui prétend peut-être expliquer son caractère peu communicatif).

Devant l’imposante machine construite par Turing et en train de tourner bruyamment, l’un des collaborateurs s’écrie : « Quand va-t-elle s’arrêter ? » Lorsqu’il pose une question à la machine son utilisateur ‘espère’ que la machine s’arrêtera en donnant une réponse. Mais cette espérance ne devient certitude que lorsque l’engin s’arrête. Si la question a été bien posée alors la réponse sera la bonne. Mais peut-on savoir quand ce bruit infernal s’arrêtera ? Et sommes-nous sûr qu’il s’arrêtera, au lieu de tourner indéfiniment ? Cette question est cruciale, elle constitue tout un pan des résultats de la recherche d’Alan Turing, et permettra la découverte de nouveaux systèmes de cryptage révolutionnaires.

La méthode de recrutement, par Alan Turing, de ses collègues de travail du Chiffre, est particulièrement originale : une annonce dans le Times accompagnée d’un mot croisé et d’un défi de remplir la grille en temps record. Ce détail - se non e vero e bene trovato - me semble illustrer parfaitement ce que peut être un mathématicien chercheur. Le jeu est la motivation essentielle de son travail, mais un jeu bien spécifique : découvrir une énigme. Cette caractéristique, qui exige une grande concentration donc un isolement aussi radical que possible, conduit le personnage à des difficultés de communication, une rêverie, un manque d’écoute, une brusquerie, parfaitement interprétés dans le film par Benedict Cumberbatch dans le rôle d’Alan Turing.

Un autre aspect, bien rendu dans le film, est l’acceptation difficile des femmes dans les rangs de la recherche scientifique (comme dans le cas d’Hypathie au 4ème siècle ou de Sophie Germain au début du 19ème). Deux raisons sont évoquées : « La place des secrétaires n’est pas ici » dit l’appariteur lorsque Joan Clarke, jeune mathématicienne, veut entrer dans la salle du Chiffre, « Mes parents n’accepteront jamais que je travaille avec des hommes » objecte encore celle-ci à Turing venu la convaincre de le rejoindre. Ces contraintes sociales sont difficiles à comprendre de nos jours, même s’il en reste quelques traces.

Imitation Game à été couronné au Festival de Toronto par le People's Choice Award, récompense décernée par le vote des spectateurs à un long métrage de la sélection. Les cinéphiles trouveront sans doute la réalisation sans grande imagination, mais le rejet dont est victime le jeune et brillant héros finalement poussé au suicide par une société rigide éveille chez le spectateur un sentiment de profonde injustice.

Nicole Vercueil