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Cinéma

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Iranien

(Iran/France/Suisse -2014 -1h45) - (Documentaire)

Réalisation : Tamadon Mehran - Scénario : Mehran Tamadon - Image : Mohammad Reza Jahanpanah et Reza Abiat – Montage : Mehran Tamadon, MH Dozo, Luc Forveille, Olvier Zuchuat – Son : Ali-Reza Karimnejad - Distribution : ZED
Interprétation :
Auteur :

Architecte et réalisateur iranien, Mehran Tamadon retourne vivre quelques années en Iran, après avoir terminé ses études d’architecture. En 2002, lors de l’exposition d’art conceptuel du Musée d’Art contemporain de Téhéran, il monte l’installation artistique Le regard d’un flâneur. En 2004, il réalise son premier film Behesht Zahra, mères de martyrs et en 2010, il présente Bassidji aux Rencontres Cinéma de Manosque.

Résumé :

Iranien athée, Mehran Tamadon aspire à une société laïque, où il aurait le droit de s’exprimer autant que les partisans de la République islamiste. Il invite quatre mollahs à venir habiter avec lui pendant deux jours, afin de débattre sur la question : peut-on vivre ensemble quand on a des conceptions du monde aussi opposées ? Son précédent film Bassidji était une première tentative de dialogue avec les islamistes.

Analyse :



Le film a reçu le Grand Prix du festival Cinéma du Réel à Paris (mars 2014), et plusieurs distinctions internationales (Madrid, Nyon, Berlin). Au cours des deux années de préparation du film, Tamadon a su surmonter les refus et réticences de participants, et les obstacles soulevés par les autorités : interrogatoires musclés, confiscation de passeport. Le dispositif est simple et symbolique : le cinéaste accueille chez lui, dans sa maison de Téhéran, des mollahs et leurs assistants. Amical, toujours de bonne humeur, il contribue grandement à détendre l’atmosphère, ne répondant pas à certains sarcasmes et attaques personnelles (« Vous êtes un dictateur intellectuel qui veut imposer la laïcité » !). La maison est un espace où l’on partage la vie quotidienne, et les mollahs se sentent libres de faire leurs prières, pendant que se préparent les repas. Mais, déjà, un point d’ombre : les femmes sont à la cuisine et ne sont pas filmées. On est étonné et souvent ravi de suivre les dialogues enjoués (la langue est le farsi, le cinéaste a réalisé des sous-titres en français), mais on se plaît à espérer que le promoteur de cette expérience filmée va tenir son pari. Utilisant des objets, des affiches et des photos étalés sur le beau tapis, Tamadon est le meneur de jeu. Ambiance ludique et enjouée, on fait des jeux de mots qui font rire l’assemblée. « Mon cinéma (…) est un espace qui doit permettre de se comprendre et de rendre la parole possible »a-t-il déclaré dans on dossier de presse. Mais les choses vont se gâter, lorsque les questions essentielles sont abordées : le port du voile, la femme et sa place dans la société, la vie de couple, l’avortement. Le rejet catégorique de la femme (même la photo d’une poétesse iranienne n’est pas acceptée) tient une bonne part de la discussion, parfois les arguments des mollahs vont jusqu’à la caricature ! Finalement, un de ceux qui s’expriment le plus, va déclarer que la République islamiste étant élue par une majorité d’Iraniens, nulle critique ne peut être admise ! C’est la fin de la démarche idéaliste mais exemplaire dans son principe. Les mollahs s’en vont, Tamaron range les photos et affiches, roule les tapis. Et le générique de fin nous apprend que le cinéaste ne peut pas revenir dans son pays, au risque d’y être emprisonné. Fin de partie.

Alain Le Goanvic