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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Jackie

(Chili/France/Etats-Unis, 2017, 1h40)

Réalisation : Pablo Larraín - Scénario : Noah Oppenheim - Image : Stephane Fontaine - Montage : Sebastian Sepulveda - Musique : Mica Levi - Distribution France : Bac Films
Interprétation : Natalie Portman (Jacqueline Kennedy), Peter Sarsgaard (Robert Kennedy), Greta Gerwig (Nancy Tuckerman), Billy Crudup (le journaliste)
Auteur :

Né au Chili en 1976, Pablo Larrain étudie la communication à Santiago et réalise d'abord Fuga (2006, un artiste confronté à sa propre médiocrité). D'un milieu familial baignant dans la politique, il tourne ensuite sa trilogie 'Pinochet 1973-1988', avec Tony Manero (2008), Santiago 73 post mortem (2010) et No (2012). Après le sévère El Club (2015, les 'mauvais prêtres'), il sort coup sur coup le brillant et original Neruda, puis Jackie.

Résumé :

Après l'assassinat du président des Etats-Unis, en novembre 1963, un journaliste vient interviewer l'ex-Première dame à peine émergée de la tempête. Le film circule entre quatre époques : les débuts de Jackie à la Maison Blanche, le drame de Dallas, la gestion chaotique de ses suites et conséquences, et l'entretien avec le journaliste.

Analyse :



Quel film bizarre ! A l'image de sa musique, un lancinant flux et reflux monotone de quelques notes émises par un puissant ensemble de cordes frémissantes, et qui se répètera inlassablement au long de la projection, dès la première image. Une musique qui prend d'autant plus de poids que les dialogues soutenus sont rares ; une musique qui dépeint le drame d'une souffrance et d'un traumatisme contraints à ne s'exprimer qu'à travers les codes sociaux de la représentation la plus officielle.

Pipole ou politique? 'Icône' est le terme obligé s'agissant de Jacqueline Bouvier épouse de président ; cette introspection dans le vécu (imaginé) d'une vedette inaccessible, au moment où elle est foudroyée par une catastrophe imprévisible et définitive, n'est-ce pas un sujet idéal pour paparazzi de l'image ou du papier ? Peinturlurer une douleur humaine des couleurs de la célébrité pour attirer le chaland... Cependant le gigantesque contexte de cet épisode devrait donner à cette histoire un relief,  une stature exceptionnels : l'assassinat frappait la plus grand puissance du monde dans sa plus éminente autorité. Nous voyons à l'écran défiler des personnages de premier plan - outre le Président, Lyndon B. Johnson, Robert Kennedy, de Gaulle... Mais JFK, LBJ, Bob et les autres sont saisis dans cette familiarité sans apprêts par laquelle ‘ il n'y a pas de grand homme pour son valet de chambre’. Tout au plus notera-t-on les efforts de Jackie pour que la dépouille de son époux reçoive un traitement aussi prestigieux que possible - quitte à caractériser son règne par une référence à 'Camelot', choix dérisoire et maladroit.

Nathalie Portman a fait un travail remarquable en donnant vie à la tension terrible, entre souffrir et paraître, qui habite l'héroïne (je n'en dirais pas autant de Johnson ou de Bob et John Kennedy, malgré des efforts méritoires pour dénicher des acteurs au physique tolérable pour ces rôles). Sa réussite aussi à imiter son modèle, et celle des décorateurs et costumiers à recréer le milieu où elle évolue, se mesurent à la fluidité avec laquelle les séquences d'archives s'intègrent aux scènes jouées et tournées de nos jours.

Jacques Vercueil