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Cinéma

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Jamais de la vie

(France – 2015 - 1h35)

Réalisation : Jolivet Pierre – Scénario : Pierre Jolivet, Simon Michaël, Simon Moutaïrou – Directeur photo : Jérôme Alméras – Montage : Yves Deschamps – Musique : Sacha Sieff, Adrien Jolivet – Producteur : Marc-Antoine Robert, Xavier Rigault – Distributeur : Ad Vitam
Interprétation : Olivier Gourmet (Franck) – Valérie Bonneton (Mylène) – Marc Zinga (Ketu) – Thierry Hancisse (Etienne) – Julie Ferrier (Jeanne) – Bruno Bénabar (Pedro)
Auteur :

Pierre Jolivet, né en 1952, est un cinéaste engagé qui a réalisé une quinzaine de longs métrages. Après des débuts avec Luc Besson, il se lance dans la réalisation de films qui mêlent souvent chronique sociale et film noir en mettant en scène des personnages du monde de l’entreprise qui se trouvent pris dans un engrenage. On retrouve ces ingrédients dans des films comme Fred, En plein cœur ou Ma petite entreprise.

Résumé :

Franck, 52 ans, est gardien de nuit dans un centre commercial de banlieue. Il y a dix ans, il était ouvrier spécialisé et délégué syndical, toujours sur le pont, toujours prêt au combat. Aujourd’hui il est le spectateur résigné de sa vie, et il s’ennuie. Une nuit, il voit un 4x4 qui rôde sur le parking, et sent que quelque chose se prépare… La curiosité le sort de son indifférence et il décide d’intervenir. Une occasion pour lui de reprendre sa vie en main…

Analyse :



Jamais de la vie nous plonge dans un centre commercial de la région parisienne, une des ces grandes surfaces entourées d’un gigantesque parking, très animées le jour mais d’un vide sidéral la nuit. Olivier Gourmet joue le rôle de Franck, un veilleur de nuit. Il donne à son personnage une épaisseur extraordinaire et porte le film sur ses robustes épaules. Franck est un taiseux, un coriace au cœur tendre mais à la colère facile. Il a été plus brillant dans une autre vie, comme ouvrier qualifié et délégué syndical. Mais une grève dure qu’il a menée, sans succès, contre la fermeture de son usine, l’a laissé non seulement sur le carreau mais aussi fiché comme une grande gueule qu’il vaut mieux ne pas embaucher. La spirale infernale du chômage et de l’alcool a brisé sa vie familiale et professionnelle et l’a tenu sans emploi pendant dix ans. Et il se retrouve, à plus de 50 ans, vivoter dans ce CDD de veilleur de nuit.

Le film est d’abord un film social, un peu dans le style d’un Ken Loach en Angleterre. Autour de Franck, gravitent des personnages qui forment un catalogue pas très réjouissant des misères de notre société : un beau-frère dépressif et une sœur exubérante mais destructrice, un ancien collègue handicapé suite à un accident du travail, un jeune beur sympathique qui traficote dans la cité, un collègue africain qui rêve de faire venir sa famille et des éboueurs qui récupèrent dans les poubelles les matériels électroniques pas trop cassés qu’ils revendent à Franck pour qu’il les répare, un hobby qui lui redonne un peu de sa dignité. Il y a surtout une extraordinaire assistante sociale, Mylène, dont on découvre rapidement qu’elle se débat dans les mêmes difficultés que ceux qu’elle est censée aider, son mari l’ayant quittée avec deux enfants sur les bras et des dettes qui s’accumulent. Franck et Mylène, ces deux éclopés de la vie, vont timidement essayer de se rapprocher, ébauchant un début d’intrigue sentimentale.

Pierre Jolivet, a pimenté son récit par une intrigue policière. Franck découvre peu à peu les préparatifs d’un casse à la voiture bélier et il va essayer d’en tirer profit. Sur un plan psychologique, cette idée est cohérente. Le héros qui n’a plus rien à perdre veut réaliser un dernier exploit qui lui rendra d’une certaine manière sa fierté, comme une sorte de rédemption, même si c’est au prix de sa vie. On retrouve là une image classique du héros des films noirs américains, notamment ceux de John Huston. Mais cette partie du film pêche par son invraisemblance et la réunion dans un même film d’une peinture sociale réaliste et d’un irréalisme voyant dans le scénario du thriller rend le film un peu bancal dans les quinze dernières minutes. Mais il reste un film social intelligent et remarquablement interprété.

Jacques Champeaux