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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Jane Got a Gun

(Etats-Unis – 2015 - 1h38)

Réalisation : O'Connor Gavin – Scénario : Brian Duffield, Anthony Tambakis & Joel Edgerton – Image : Mandy Walker – Montage : Alan Cody – Musique : Marcello De Francisci & Lisa Gerrard - Distribution France : Mars Distribution
Interprétation : Natalie Portman (Jane Hammond), Joel Edgerton (Dan Frost), Ewan McGregor (John Bishop), Rodrigo Santoro (le balafré-tatoué), Noah Emmerich (Bill 'Ham' Hammond), Boyd Holbrook (Vic frère de Bishop)
Auteur :

Gavin O'Connor, réalisateur et producteur états-unien, est né à Long Island (New York) en 1964. Jane Got a Gun est son sixième long métrage hors télévision, dont trois films ont pu être vus en France : Warrior (2011) Le prix de la liberté, (2008), Libre comme le vent (2000).

Résumé :

Ham, le mari de Jane rentre au logis, maison isolée dans un désert montagneux, troué de balles sur son cheval. Elle le soigne et, pour les protéger tous deux ­contre les tueurs, ne peut trouver d'autre soutien que Dan, son ancien amoureux, fermier dans les mêmes parages, et dont elle avait eu un enfant avant qu'il disparaisse...

Analyse :



Pas plus qu'on ne peut reprocher à une passoire de laisser couler l'eau, on ne peut se plaindre de voir dans un western se multiplier les coups de feu et les assassinats. Peut-être une comptabilité morale pourrait-elle distinguer ceux qui relèvent de la légitime défense, de la noble et juste vengeance, de la cupidité sans âme ou du sadisme répugnant... sans oublier la stupidité et la maladresse. Jane Got a Gun est un western, nous y parlerons donc d'autre chose.

Nous y admirerons de magnifiques paysages et des grandioses cavalcades, avec des prises de vue classiques, mais réussies, sur les sabots heurtant violemment le sol d'où jaillissent pierres et poussière tandis que se profilent, entre les jambes des chevaux, des horizons roux et dorés hérissés de montagnes, falaises et rochers... grand plaisir ! Par contre, le rendu des batailles m'a déçu : peut-être dans le souci d'éviter un malsain étalage de violence, on ne voit pas grand-chose, ce qui est du gaspillage quand on dispose d'un écran de plusieurs mètres carrés.

Nous apprécierons que ce soit une femme qui mène le jeu et tienne le grand rôle, et parfois le flingue – elle manie d'ailleurs mieux le fusil, utile à la paisible chasse, que le pistolet, outil essentiellement homicide. Elle n'est pas la première avec un tel statut : nous avions aimé par exemple, il y a cinq ans, la petite Mattie Ross (Hailee Steinfeld) de True Grit, ou la futée Emilie Tetheroth (Michelle Pfeiffer) de La dernière piste (Meek's Cutoff). Mais Natalie Portman fait elle aussi une très bonne Jane, active, déterminée, et émérite cavalière (y’a-t-il doublage ?)

Je suis un peu dérouté cependant par le caractère extrêmement sentimental de ce western, ce qui m'en est paru être la principale nouveauté. Et les deux héros masculins semblent bien incapables de posséder l'énergie et la force destructrice nécessaires à neutraliser les vrais méchants : Dan Frost est tout douceur et tranquillité, et le féroce Ham, malgré le visage furieux et couturé qu'il arborait à son entrée dans le film, sera finalement vu en analepse cherchant à tempérer les méchancetés de ses acolytes. Ce sera donc une divine surprise, et tant pis pour la réputation du scénariste, que ceux-ci soient in fine intégralement éliminés pour laisser la voie libre aux délicats amoureux que nous rêvions de voir enfin dans les bras l'un de l'autre – il y fallut aussi le décès du gênant mari.

Il y aura même redoublement de happy end au final... mais je n'en dis pas plus, pour ne pas gâcher votre plaisir en divulguant l'un des ressorts du film.

Jacques Vercueil