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Cinéma

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Krugovi (Cercles* / Circles)

(Serbie/Allemagne/etc. - 2012 - 1h52)

Réalisation : Golubovic Srdan - Scénario Srdjan Koljevic & Melina Pota Koljevic - Musique : Mario Schneider - Images : Aleksandar Ilic - Montage : Marko Glusac - Distribution France : Zootrope Films
Interprétation : Vuk Kostic (Marko), Leon Lucev (Haris), Boris Isakovic (Todor), Nebojsa Glogovac (Nebojsa), Aleksandar Bercek (Ranko), Hristina Popovic (Nada), Nikola Rakocevic (Bogdan).
Auteur :

Srdan Golubovic, réalisateur, scénariste et producteur serbe né à Belgrade en 1972, est lui-même fils d'un réalisateur. Son premier long métrage, 100 absolu (Apsolutnih sto, 2001) a reçu de nombreux prix dans les festivals. Klopka (Le Piège, 2007) a débuté à la Berlinale et a été finaliste de l'Oscar du meilleur film étranger. Cercles est son troisième long métrage, primé à Sundance et par le jury oecuménique à Berlin 2013 (Forum).

Résumé :

Cette fiction prend pour point de départ un fait réel : en 1993, à Trebinje en Bosnie, un jeune soldat serbe a été tué pour avoir voulu empêcher trois autres militaires de massacrer un boutiquier musulman. Les répercussions futures de l'acte de courage de Marko sont imaginées comme les vagues circulaires que provoque une pierre lancée dans l'eau. On rencontre pour cela, douze ans après, plusieurs des personnages concernés : Ranko, le père de Marko, Nebojsa, un ami du fils, et Nada, qui fut sa compagne ; Todor, meneur des agresseurs, et Bogdan, fils d'un autre ; Haris, le rescapé, réinstallé en Allemagne.

Analyse :



L'image d'ouverture du film, un désert de montagnes caillouteuses où un véhicule progresse sur une route poussiéreuse ne menant nulle part, annonce la couleur : ce monde n'est pas une vallée de roses. Mais le propos est définitivement optimiste, et le prix œcuménique recueilli à Berlin n'a pas été volé. Pardon et vengeance, méfiance et confiance, haine et amour, responsabilité et indifférence, violence et sacrifice, force et faiblesse : il y a tout cela dans cette histoire, au risque de charger la barque sous les questions morales et les réponses.

La métaphore des ronds dans l'eau, présente dans le titre et énoncée de façon explicite par l'un des personnages, commande la construction narrative : deux analepses ouvrent et ferment le récit par le rappel de l'épisode tragique vieux de douze ans qui motive les comportements, d'abord incompréhensibles, des personnages quand on les retrouve dans leur vie actuelle. Trois récits s'enchevêtrent alors, sans autre rapport entre eux que l'évènement fondateur. A Trebinje même, Ranko reconstruit une église déplacée pour cause de barrage, et refuse d'employer pour cela le fils de l'un des tueurs ; à Belgrade, Nebolsa médecin de l'hôpital tient dans ses mains la vie de Todor toujours aussi odieux ; et à Halle, dans un typique décor Plattenbau, Haris fait de son mieux pour payer sa dette envers Marko.

Le bien triomphe du mal, trois à zéro. Celui qui demande obtient : Bogdan apaise la rancœur de Ranko. Vos péchés vous seront pardonnés : Todor, se réveillant vivant de l'opération effectuée par Nebolsa, verse enfin une larme de reconnaissance. Et Haris ayant tendu la joue gauche, la brute qui l'a roué de coups renonce à le tuer et se repent à son tour.

La volonté démonstrative du scénario et les circonvolutions de la narration peuvent sembler pesantes. Il serait dommage que s'en trouve amoindrie l'audience de ce message sur l'espérance au delà des abîmes du mal, de profundis clamavi, émergé des convulsions vécues sous nos yeux par les populations yougoslaves. Les jurés de Berlin avaient apprécié dans ce film « sa présentation convaincante des capacités humaines à dépasser des préjugés apparemment insurmontables. La guérison est possible à travers la réconciliation ! ».

Jacques Vercueil