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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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L'Homme du Peuple

(Pologne – 2013 – 2h08)

Réalisation : Wajda Andrzej – Scénario : Janusz Glowacki – Directeur Photo : Pawel Edelman – Décor : Wieslawa Chojkowska – Son : Jacek Hamela – Montage : Grazyna Gradon, Milenia Fiedler – Musique : Pawel Mykietyn – Producteur : Michal Kwiecinski - Distribution France : Version originale / Condor
Interprétation : Robert Wieckiewicz (Lech Walesa) – Agneszka Grochowska (Danuta Walesa) – Maria Rosaria Omaggio (Oriana Fallaci)
Auteur :

Andrzej Wajda est, à 88ans, le plus célèbre des réalisateurs polonais. Il est l’auteur de plus de quarante longs métrages. Il est surtout le cinéaste de l’histoire de la Pologne, de ses premiers films sur la guerre ou de l’immédiat après-guerre (Kanal, Cendres et diamants, Lotna) à ses films sur la période communiste (Sans anesthésie, L’Homme de marbre) ou, plus récemment, sur certaines tragédies comme Katyn.

Résumé :

Le film couvre 20 ans de l’histoire polonaise, de 1970 à 1990. Après L’Homme de marbre en 1977 et L’Homme de fer en 1981, Palme d’or à Cannes, il constitue le troisième volet d’une trilogie consacrée par Wajda au cheminement de la Pologne vers la démocratie. Il montre le rôle essentiel que Lech Walesa a joué dans cette période et comment il a su, avec courage et pragmatisme, faire avancer son pays vers la liberté.

Analyse :



Le film est une recréation de L’Homme de fer, qui traitait en grande partie des mêmes événements. L’Homme de fer avait été tourné « à chaud » quelques mois seulement après les événements de l’été 80 à Gdansk en profitant d’une période de relative ouverture politique. Lech Walesa y jouait d’ailleurs son propre rôle.

L’Homme du peuple est tourné plus de 30 ans après, alors que les grèves de 80 sont pour beaucoup de polonais de l’histoire ancienne. Wajda veut réaliser un film didactique pour les nouvelles générations, dire « sa vérité » sur des événements qu’il a vus de près. Il veut raconter un héros, réhabiliter Lech Walesa dont les actions ultérieures ont été critiquées. Il veut aussi défendre une thèse : les polonais ont souvent échoué par irréalisme, par manque de réflexion sur les forces en présence. C’était d’ailleurs déjà le thème de son film Lotna où l’on voyait des cavaliers polonais charger contre des chars. Walesa a gagné parce qu’il savait jusqu’où il pouvait aller, et aussi, pour Wajda, parce qu’il était un ouvrier ; il a gagné là où les intellectuels avaient échoué.

Film à thèse, presqu’un film de propagande, s’il ne s’agissait du portrait d’un homme qui n’est plus au pouvoir, mais Wajda est un grand réalisateur. Il sait donner vie à son film en conduisant son récit sur trois plans, interview, vie familiale et engagement politique, et en entremêlant habilement histoire et fiction, images d’archives et scènes reconstituées, procédé qu’il avait déjà utilisé pour L’Homme de fer mais que les progrès de la technique rendent encore plus efficace.

Le film n’a sans doute pas le souffle de L’Homme de fer. Mais Wajda sait rendre, par les couleurs gris-bleu du film et des scènes fortes, l’atmosphère pesante de cette époque. Ainsi, dans des gestes qui se répètent comme un rituel immuable, on verra Walesa laisser sa montre et son alliance à sa femme Danuta pour qu’elle puisse les vendre s’il ne revenait pas. Le message est clair : on peut disparaître, y laisser sa peau. Plus tard on verra sa femme, de retour d’Oslo où elle a reçu le Prix Nobel pour son mari, subir une fouille au corps humiliante, petite vengeance mesquine d’un pouvoir aux abois. Par des scènes de ce genre, Wajda prend à témoin le spectateur et lui fait ressentir l’angoisse permanente et les risques de l’action politique dans cette Pologne des années 80.

Jacques Champeaux